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Présentation du réseau ACDD

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Approches critiques du développement durable

 

La notion de développement durable fait l’objet d’un travail critique fragmentaire de la part de nombreux chercheurs. Cependant, leur éclatement et le caractère parfois marginal de l’objet “durable” dans leur démarche masquent les transversalités critiques qui pourraient être mises en évidence sur ces objets du développement durable.
Il est temps aujourd’hui nous semble-t-il, d’avoir une approche réflexive s’interrogeant à la fois sur les appuis théoriques, les démarches empiriques, les corpus utilisés et les objectifs visés. Bref, analyser les ressorts de ces critiques, leur éventuelle cohérence et les limites qu’elles rencontrent, que ces dernières soient d’ordre pratique, épistémologique, théorique ou autres.
A la suite du colloque international qui a eu lieu les 1er et 2 février 2012, ce réseau s’inscrit dans une ambition multiple :

  • Poser les premiers jalons d’une sociologie des approches critiques du développement durable.
  • Rassembler des chercheurs opérant un retour réflexif sur leur propre travail critique, et d’autres souhaitant défricher ce champ, ce réseau sera aussi l’occasion de les faire converger.
  • Donner une lisibilité à cette diversité critique et mettre en évidence certaines options théoriques communes.
  • Participer à la théorisation de certains fondements de la critique du développement durable, non seulement au sein du monde de la recherche, mais aussi au-delà, parmi les acteurs et les usagers des “objets” durables. Ceci, en s’attachant notamment aux liens qu’ils entretiennent actuellement et ceux qu’ils pourraient mettre en œuvre.

Pour mener à bien cette entreprise, nous avons mis en évidence cinq axes de travail qui ne sont ni exclusifs les uns des autres ni exhaustifs, mais constituent une trame pouvant permettre aux uns et aux autres de situer leur approche.

Axe 1 : Un développement insoutenable ?
Les conventions sociales qui structurent habituellement les situations et les collectifs constitués sont aujourd’hui éprouvées par un double processus de fragmentation et de mondialisation. Portée par la plupart des institutions internationales, l’analyse de ce double processus en termes de développement durable déplace l’attention des inégalités sociales vers les inégalités écologiques, par exemple celles liées à la montée des eaux. La nature devient donc un nouveau moyen de créer du bien commun. Cette question des inégalités écologiques est généralement abordée en considérant la “rareté relative”[1] des biens environnementaux et se préoccupe de “ce que la nature peut supporter”[2]. Plus radical, le concept de décroissance met à nu certaines contradictions essentielles de l’approche en termes de développement durable[3]. Cette alternative radicale peut-elle cependant se nourrir des autres entreprises critiques du développement durable pour mieux les inspirer ?

Axe 2 : Une gouvernementalisation des conduites ?
Les approches en termes de développement durable tentent de régler les conduites des populations en inventant de nouvelles pratiques de responsabilité sociale, une gouvernance susceptible d’organiser une socialisation en-deçà du droit[4]. L’inflation d’indicateurs, caractéristique de ces approches, témoigne de l’importance grandissante des technologies de gouvernement du changement dans cette mise en ordre des populations. C’est ce qui justifie le déploiement de cette politique de gouvernement en matière d’environnement au sens large, en contradiction avec la construction libérale dominante, qui par définition, s’y oppose. Cependant, cette politique de gouvernement ne donne-t-elle pas aussi certains instruments susceptibles de provoquer son propre dépassement ?

Axe 3 : Une démocratie par les instruments ?
La question des politiques de la nature a notamment été abordée à travers la problématique d’une démocratie de procédures qui consiste essentiellement à savoir “comment faire entrer les sciences en démocratie”[5]. Dans ce cadre, le sens du développement durable repose sur la performativité des outils qu’il se donne pour répondre aux enjeux qu’il soulève. Les concepts portés par ce courant de recherche (“forums hybrides”[6], “balistique”[7] des mobilisations, etc.) reposent sur un principe de symétrie qui conduit logiquement à s’intéresser aux processus de construction des controverses environnementales (OGM, tracés de ligne TGV, etc.). Cette mise au centre de la dimension procédurale de ces objets ne repose-t-elle pas néanmoins sur une confiance excessive dans les potentialités critiques de dispositifs, quels qu’ils soient ?

Axe 4 : Une justification écologique ?
Partant le plus souvent d’une approche en termes “d’arènes d’engagement public”[8], la sociologie de la justification s’intéressant à l’environnement s’est d’abord attachée à rendre compte des stratégies, intérêts et légitimations mis en œuvre lors des conflits d’aménagement. A cette occasion, les acteurs travaillent une “grandeur verte”[9] susceptible d’intégrer la nature dans des ordres de justification existants, mais aussi de conduire à l’élaboration d’un nouvel ordre, ou encore de remettre en cause profondément la matrice commune à ces ordres et l’assise qu’elle offre aux entreprises critiques. Promu par les institutions, le “développement durable” s’appuie sur la croyance en cette remise en cause profonde des ordres existants pour inverser la critique, mais ces populations mettent aussi à l’épreuve au quotidien les différents dispositifs qui leur sont prescrits.

Axe 5 : Une durabilité techniciste ?
L’émergence du développement durable tend à redéfinir au sein de l’organisation du travail le mode de production des nouveaux objets techniques et par là même du rapport qu’entretiennent les humains avec leurs environnements dans la vie quotidienne. Cette situation interroge la « convivialité »[10] des éco-techniques contemporaines, c’est-à-dire leur capacité à s’inscrire à la fois dans les savoir-faire et savoir-vivre en usage, mais également dans un projet d’élargissement de l’autonomie individuelle. Au regard des fondements de l’écologie politique, elle implique une controverse sur les possibilités de contrôle des outils techniques par les usagers[11]. Elle questionne ainsi les conditions d’existence de contre-pouvoirs face aux logiques de renouvellement des objets inhérentes au fonctionnement du capitalisme[12].

La problématique du réseau ouvre de nombreuses pistes dont seulement quelques-unes sont esquissées ici. Il s’agit d’un chantier dont les enjeux sont à la mesure d’un modèle qui sature aujourd’hui les modes de légitimation des institutions et des cadres de l’expérience qu’elles tentent de mettre en œuvre.

 


[1] Rawls J. (1987), Théories de la justice, Paris, Seuil

[2] Jonas H. (1990), Le principe de responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Paris, éditions du Cerf

[3] Latouche S. (2003), « L’imposture du développement durable ou les habits neufs du développement », Mondes en développement, Vol.31-2003/1, N°121

[4] Gautier C. (1996), « A propos du « gouvernement des conduites » chez Foucault : quelques pistes de lecture », La gouvernabilité, Paris, Presses Universitaires de France

[5] Latour B. (1999), Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte

[6] Callon M., Lascoumes P., Barthe Y. (2001), Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Seuil

[8] Cefaï D., Trom D. (dir.) (2001), Les formes de l’action collective. Mobilisations dans des arènes publiques, Paris, Editions de l’EHESS, Collection « Raisons pratiques »

[9] Thévenot L., Lafaye C. (1993), « Une justification écologique? Conflits dans l’aménagement de la nature », Revue française de Sociologie, 34 (4), p. 495-524

[10] ILLICH Ivan, 1973, La convivialité, trad. de l’américain par L. Giard et V. Bardet, Tools for conviviality, Ed. du Seuil, Paris, 160p.

[11] BOSQUET Michel (GORZ André), e1978 (1ère éd. 1975), Ecologie et politique, Paris, éd. du Seuil, 244 p. (coll. «Points Politique»)

[12] SCHUMPETER Joseph, e1951 (1ère éd. 1943), Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Payot, 462 p.

Atelier DÉVELOPPEMENT DURABLE & ACCEPTABILITÉ SOCIALE

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Atelier thématique commun au GIS ReHaL et au réseau AC/DD

 Présentation générale de l’atelier (2012-2016)

Nous souhaitons dans cet atelier nous intéresser à la dimension performative du développement durable, qui s’appuie sur un consensus moral préalable, une représentation partagée permettant aux acteurs d’agir ensemble[1]. Ce caractère performatif s’exerce notamment à l’aide d’indicateurs et par l’attribution de rôles aux différents acteurs qui y participent, donnant une place essentielle à l’expertise et à la recherche. Les indicateurs sont en effet des instruments de mesure et des médiateurs facilitant les apprentissages organisationnels, la co-construction et l’innovation institutionnelle[2]. L’expertise et la recherche tiennent quant-à-elles, un rôle essentiel dans la performativité du développement durable, au moins pour deux raisons. D’une part, elles interviennent en amont dans l’actualisation des formes de cette notion problématique et des dispositifs qui l’effectuent. D’autre part, elles s’inscrivent dans une démarche d’aide à la décision qui vise à favoriser l’intégration de ce nouveau référentiel de l’action publique par la population[3].
Cependant, la mise en œuvre du développement durable à l’aide de dispositifs sociotechniques centrés sur une “participation raisonnable”[4] de l’habitant-usager relève aussi d’une “coercition mutuelle”[5] qui atteint aujourd’hui ses limites, dont la plus connue est le fameux “effet rebond”. L’amélioration continue des performances techniques des bâtiments voit en effet les ménages augmenter leur consommation corrélativement aux économies réalisées. Cette situation est aujourd’hui dénoncée comme étant le produit d’un effet pervers comportemental, contradictoire avec le modèle de sobriété prôné par le développement durable.
Face à ces blocages, la psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à cet “impératif écologique [qui] exige d’une part, des innovations technologiques et, d’autre part, des changements de comportement individuel et collectif (…) hypothétiques”[6].
La notion d’acceptabilité sociale, directement issue de la gestion des risques et du calcul rationnel a progressivement été reprise par les institutions alors qu’elle soulève de nombreuses questions :

  • La notion d’acceptabilité peut-elle répondre aux obstacles rencontrés par le développement durable, sans questionner son caractère hégémonique et impératif ?
  • Dans quelle mesure, un “paternalisme libertaire”[7] confortant la rationalité latente des individus pour orienter leur choix en direction de cet “impératif”, ne renforce-t-il pas les contradictions de cet oxymore qu’est le développement durable ?
  • Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ?
  • Dans quelle mesure, interroger la notion d’acceptabilité et ses usages, peut-il nous permettre d’une part, de donner sens aux difficultés concrètes que rencontre le développement durable et d’autre part, de mieux comprendre la nature des relations entre la recherche et le champ du développement durable ?
  • Enfin, ce travail sur le rôle de l’acceptabilité peut-il nous permettre de trouver des points d’appui pour construire la critique vis-à-vis du développement durable ?

Cet atelier commun au réseau AC/DD et au GIS ReHaL souhaite apporter une contribution à ce débat, à travers trois ou quatre séances par an. Idéalement, chaque journée d’atelier repose sur une trame “définitions / étude de cas / controverse” qui peut être répartie librement suivant les ateliers (par intervenant, par séquences distinctes au cours de la journée, etc.) :

  • Définitions : Les notions d’acceptabilité, d’intégration, d’acceptation, d’appropriation, etc. ne sont pas portées par les mêmes acteurs ou milieux professionnels ou disciplinaires et prennent donc un sens différent selon les contextes.
  • Etudes de cas : les expériences de terrain évoquées sont destinées à mettre à l’épreuve les débats précédents sur les définitions et leurs usages.
  • Controverse : une question problématique est élaborée en amont et réajustée en fonction des enseignements des séquences précédentes.

[1] Villalba B. (2009), Appropriations du développement durable. Emergences, diffusions, traductions ; Lille, Septentrion, p. 365
[2] Rey-Valette Hélène et al. (2010), « Quelques postulats relatifs aux indicateurs de développement durable : l’exemple de l’aquaculture », Natures Sciences Sociétés, 2010/3 Vol. 18, p. 253-265.
[3] Colloque « Incitations comportementales et environnement », Centre d’analyse stratégique, 9 mars 2011. Etude de Sébastien Terra et Aurore Fleuret (2009), L’acceptabilité sociale des éoliennes : des riverains prêts à payer pour conserver leurs éoliennes – Enquête sur quatre sites éoliens français ; MEEDDAT / CGDD / SEEIDD.
[4] Barbier Rémi (2002), « La fabrique de l’usager. Le cas de la collecte sélective des déchets », Flux, 2002, n°48-49, p.35-46, p. 37
[5] Douglas Mary (1992), De la souillure. Études sur la notion de pollution et de tabou, Paris, La Découverte. Cité par Rémi Barbier.
[6] Centre d’analyse stratégique (2011), “Nudges verts” : de nouvelles incitations pour des comportements écologiques ; Note de presse.
[7] Thaler Richard H., Sunstein Cass R. (2003), « Libertarian paternalism is not an oxymoron », The University of Chicago Law Review, vol. 70(4).

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Programme 2016

Le développement durable à l’épreuve de la société du risque

13ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”
Mercredi 22 juin

Coordinateur de la séance : Jacques Lolive
  (l’assemblée générale du réseau ACDD a eu lieu à cette occasion)

Le développement spectaculaire des risques environnementaux dans les sociétés contemporaines a été analysé par Ulrich Beck qui a proposé la notion de société du risque. Selon lui, « la production  sociale  de  richesses  est  systématiquement  corrélée  à  la  production  sociale  de risques ».  Si  le  risque (et  sa  réalisation catastrophique) fait  désormais partie intégrante des sociétés actuelles, comment le développement durable peut-il prendre en compte cet élément encombrant ?  Quelles  trajectoires  de  durabilité  peut-on  mettre  en  œuvre  pour  améliorer  la situation  de  ces  sociétés  insoutenables,  et  notamment  les  situations  post-catastrophiques ? Comment habiter dans les zones à risques qui se développent dans des métropoles où coexistent zones industrielles, zones contaminées, favelas, zones inondables, crise de l’eau et mort des hydrosystèmes ?

Face à ces enjeux nous proposons de privilégier :

  • une réflexion sur la méthode qui soit à la fois une posture de recherche et une méthode de transformation sociale
  • une réflexion sur les premières actions pour amorcer une trajectoire de durabilité dans ces métropoles insoutenables.

Comment combiner information, changements de comportements et mobilisation des populations exposées. ? Comment impliquer les  habitants exposés  dans  la  gestion  des  zones  à  risque ? Comment commencer à faire changer les choses dans les métropoles insoutenables ?
Ces questions seront abordées à partir de certaines controverses :

  • Société du risque versus développement durable
  • Acceptabilité sociale du risque et adaptation versus développement durable.
  • Urgence d’agir pour améliorer la situation des populations exposées versus processus long de transformations profondes et graduelles.
  • Communication du risque versus Participation du public. Protection de l’environnement versus droit social

Plusieurs terrains viendront à l’appui des débats :

  • Habiter dans les zones contaminées de São Paulo (J .Lolive, C. Okamura analyseront la situation du Condominium Barão de Mauá)
  • Les occupations irrégulières  de  zones  protégées  (J.  Lolive,  C.  Okamura  analyseront  les occupations illégales dans la zone de protection du barrage-réservoir de Guarapiranga)
  • Les zones à risques de l’étang de Berre, des estuaires de la Gironde (Blayet) et de la Severn (Hinkley Point) (F. Chateauraynaud y analysera la « rébellion des milieux »)
  • L’expérience de l’éco-quartier de l’Union à Roubaix (B. Villalba présentera cette expérience pour justifier la nécessité de promouvoir une durabilité forte)

Ces approches  seront complétées par un éclairage philosophique sur la participation, avec Joëlle Zask, spécialiste de la philosophie pragmatiste et notamment de celle de John Dewey. Elle proposera des pistes de réflexion inspirées du pragmatisme pour nous aider à réfléchir sur le développement d’une « participation contributive » qui incluera le  public des populations des favelas. Elle s’appuiera notamment sur  son  dernier livre qui analyse comment l’agriculture paysanne cultive les valeurs démocratiques

Détails de la séance et enregistrements

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Mettre à l’épreuve l’acceptabilité sociale

12ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Séance spéciale à l’occasion du Forum des 25 ans du réseau Recherche Habitat Logement (ReHaL)

Mercredi 8 juin 2016

Coordinateur de la séance : Jérôme Boissonade [1]

La notion d’acceptabilité sociale a émergé au début des années 2000, soit moins d’une décennie après celle de développement durable. Elles ont connu un succès similaire, une genèse assez proche, une fragilité de leurs fondements théoriques analogue et sont la plupart du temps portées par les mêmes acteurs.
Cette journée souhaite interroger les relations croisées entre ces deux histoires et les évolutions récentes de ces deux catégories de la pratique pour comprendre comment nous sommes passés d’une durabilité consacrée aux besoins essentiels des populations, auxquels les nations unies s’étaient engagées à répondre en 1992, à la volonté actuelle des mêmes acteurs d’aller jusqu’aux limites de ce que les consommateurs, les habitants ou les citoyens, peuvent accepter.
Cette appréhension de l’inacceptable, prise en charge initialement par la psychologie sociale afin de prédire et de changer le comportement des utilisateurs face aux systèmes technologiques[2], a aujourd’hui clairement changé d’échelle. Qu’il s’agisse des conséquences du traitement des informations collectées par la géolocalisation, au rôle éventuel du principe d’équité sur le traitement de la question des effets de serre, en passant par les questions d’accompagnement des publics et de reconnaissance des méthodes de conduite des projet urbains, « l’inacceptabilité » représente une menace qui hante l’action publique, notamment lorsqu’elle s’aventure sur des terrains environnementaux, ou plus largement, quand elle traite de questions susceptibles de relever du développement durable.
Quel rôle a joué la notion de développement durable dans la diffusion de « l’acceptabilité sociale » ? Lors de ces traductions croisées, comment se sont-ils transformés pour irriguer les débats contemporains ?
Si l’on reprend une des définitions récentes de l’acceptabilité sociale, celle-ci est comprise comme « un processus d’évaluation politique d’un projet sociotechnique mettant en interaction une pluralité d’acteurs impliqués à diverses échelles et à partir duquel se construisent progressivement des arrangements et des règles institutionnels reconnus légitimes car cohérents avec la vision du territoire et le modèle de développement privilégiés par les acteurs concernés »[3].
Limitée à la médiation et la résolution de conflits, cette notion relative et floue présuppose pourtant que ce sur quoi elle s’applique est nécessaire, légitime, et est ou sera réalisé[4]. Face aux « verrous comportementaux », la psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à « l’impératif écologique » qui nécessite de prendre des décisions publiques dans des « univers controversés »[5]. Cette injonction à la durabilité qui laisse peu de place aux alternatives, légitime les entreprises d’acceptabilité sociale. Pourtant, la « coercition mutuelle »[6] peine à produire une « participation raisonnable »[7]. On assiste aujourd’hui à un retour du réel qui réinterroge le couplage de ces deux notions, qu’il s’agisse de l’effet rebond, des accusations de greenwashing ou des « effets pervers » de solutions « acceptées » par les consommateurs / usagers / habitants / citoyens et se révélant pourtant d’une durabilité bien restreinte.
Les recherches sur la durabilité peuvent-elles travailler la question de “l’acceptabilité sociale” sans pour autant se traduire par une injonction qui gouvernementalise les conduites ? Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ? Dans quelle mesure la question l’instrumentation de ces recherches ne se pose-t-elle pas plus fortement que dans d’autres domaines ? S’agit-il d’investir de manière critique la notion d’acceptabilité et/ou élaborer des notions alternatives ?
L’objectif de cette séance, qui intervient à la suite du dossier éponyme de la revue [VertigO] est de faire le point sur les interactions entre développement durable et acceptabilité sociale et leurs effets sur les acteurs et les situations, avant la séance qui clôturera définitivement l’atelier « Développement durable et acceptabilité sociale », prévue le mercredi 22 juin (séance coordonnée par Jacques Lolive : « Le développement durable à l’épreuve de la société du risque. Stratégies d’acceptation par la durabilité pour métropoles insoutenables ? »).

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Affiche Urgence environnementale et acceptabilité sociale (ACDD)

11ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Lundi 19 avril 2016

Coordinateur de la séance : Bruno Villalba [1]

La recherche scientifique est de plus en plus sollicitée pour permettre d’élaborer des décisions publiques acceptées par les usagers, notamment dans des choix techniques [2]. La psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à cet « impératif écologique [qui] exige d’une part, des innovations technologiques et, d’autre part, des changements de comportement individuel et collectif (…) hypothétiques » [3]. Il s’agit dès lors de contribuer aux leviers du changement, qui feront disparaître les blocages et les réticences des acteurs.
Cela interroge les conditions de production d’un savoir scientifique réflexif. Mais au-delà de cette question épistémologique, l’acceptabilité sociale suppose l’adoption de procédures qui permettent l’appropriation par les acteurs sociaux de procédures, de normes ou des manières de faire, conformes aux options choisies par les préconisateurs.
La notion d’acceptabilité sociale, directement issue de la gestion des risques et du calcul rationnel a progressivement été reprise par les institutions alors qu’elle soulève de nombreuses questions
• La notion d’acceptabilité peut-elle répondre aux obstacles rencontrés par le développement durable, sans questionner son caractère hégémonique et impératif ?
• Dans quelle mesure, un “paternalisme libertaire” [4] confortant la rationalité latente des individus pour orienter leur choix en direction de cet “impératif”, ne renforce-t-il pas les contradictions de cet oxymore qu’est le développement durable ?
• Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ?
• Dans quelle mesure, interroger la notion d’acceptabilité et ses usages, peut-il nous permettre d’une part, de donner sens aux difficultés concrètes que rencontre le développement durable et d’autre part, de mieux comprendre la nature des relations entre la recherche et le champ du développement durable ?
• Enfin, ce travail sur le rôle de l’acceptabilité peut-il nous permettre de trouver des points d’appui pour construire la critique vis-à-vis du développement durable ?
L’acceptabilité peut être perçue comme un « alibi sémantique pour assurer ou justifier la reconduction des pratiques usuelles » [5]. Il ne s’agirait alors qu’une d’une autre manière de réaffirmer la capacité des élites politiques et techniques dans la construction des décisions.
L’urgence environnementale – le singulier est simplement une commodité générique, car elle regroupe l’ensemble des urgences environnementales, qu’elles soient « naturelles », comme le changement climatique, ou socio-techniques, comme la question nucléaire – interroge cependant la question de l’acceptabilité sociale. Cela ne concerne pas simplement les dispositifs d’imposition en jeu (logique représentative/participative, sciences expertes/citoyennes), mais plus profondément la question des temporalités. Comment l’urgence interroge la capacité du « social » à s’adapter aux conséquences de cette urgence ? Les temps de l’effondrement (catastrophe lente et irruption soudaine de l’événement…) dessinent une autre grammaire de l’urgence et de la capacité des dispositifs classiques de la décision politique à « faire accepter » la gestion de l’urgence.
L’atelier a vocation à permettre une confrontation interdisciplinaire (philosophie, science politique) sur les conditions d’énonciation de cette urgence et les formes de son institutionnalisation (à partir de l’acceptabilité, qui suppose une transformation des pratiques et des représentations).

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Affiche DD norme sociale ou projet politique (ACDD) fusionne

Le développement durable, norme sociale ou projet politique ?

10ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Lundi 14 mars 2016

Coordinateur de la séance : Jacques Levy

Dans un monde où les questions liées à l’environnement naturel sont devenues un enjeu politique de première importance, on constate l’existence de plusieurs conceptions antagoniques de la nature. Le « développement durable » est l’une d’elle, mais nullement la seule. La démarche de développement durable assume la notion de développement et elle pose comme compatibles (voire synonymes), et non en opposition, ses trois piliers socio-économique, naturel et politique. Il existe un autre versant, néonaturaliste de la conscience écologique, qui porte en lui, à partir de l’idée de culpabilisation de l’action humaine passée et de l’affirmation que la nature produit des valeurs intrinsèques qui délivrent des injonctions aux sociétés, un projet de réorganisation de la vie politique sur la base de l’urgence, du sacrifice nécessaire et de la privatisation de l’action publique dans les « gestes » individuels. L’acceptabilité sociale apparaît alors comme une attitude typiquement technocratique venant d’un autre univers culturel mais entrant bien en phase avec ce projet. Elle s’oppose donc méthodologiquement à l’idée d’un développement durable qui serait désiré par les habitants-citoyens.
La question fondamentale qui est posée est donc de savoir s’il est possible d’intégrer la démarche de protection des environnements naturels dans une conception du politique qui conserve les acquis de la république démocratique et qui promeuve le citoyen comme un acteur et non comme un agent de la production de biens publics.
Cette séance de l’atelier sera organisée en deux temps : le matin, une réflexion générale sur les modèles de la nature ; l’après-midi, un approfondissement sur nature et politique en prenant le cas du climat.

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Programme 2014 / 2015

Affiche atelier ACDD Participation et durabilite injonctions en tension (fusionne)

Cycle « Acteurs et régimes de production de l’acceptabilité sociale »

9ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Mardi 26 mai 2015

Coordinateur de la séance : Rémi Barbier

La participation des « personnes concernées » est une norme de l’action publique environnementale. Plusieurs finalités lui sont généralement assignées : incorporer des valeurs et intérêts du public dans le processus de prise de décision ; améliorer la qualité intrinsèque des décisions ; renforcer la confiance dans les institutions ; éduquer le public ; réduire les conflits, le tout en justifiant le temps et l’argent consacrés à sa mise en œuvre. Mais les résultats de la gouvernance participative ou concertée de l’environnement sont-ils à la hauteur des espoirs placés dans ces nouvelles pratiques ? La littérature se fait l’écho à cet égard d’une lassitude et d’un certain désenchantement. D’autres auteurs évoquent avec une tonalité critique une « idéologie participationniste » au service d’un gouvernement de la critique sociale et environnementale. D’autres enfin identifient les multiples obstacles à l’effectivité démocratique (quel(s) public(s) participent réellement ? les acteurs d’environnement en sortent-ils renforcés ?) et fonctionnelle (cela contribue-t-il à améliorer l’état de l’environnement ?) de la gouvernance participative. L’environnement a-t-il alors vraiment besoin de la participation ?

Cette séance de l’atelier entend questionner les liens complexes entre (formes diverses de) participation et (pluralité des effets en matière de) soutenabilité.

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Affiche atelier ACDD SHS et acceptabilite fusionne

8ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Responsable de la séance : Gaëtan Brisepierre

Depuis une dizaine d’année, les recherches en sociologie sur le développement durable, et notamment sur l’énergie, se sont multipliées sous l’effet de l’impératif politique de la « transition énergétique ». Elles s’effectuent moins souvent dans un cadre académique que dans celui de la recherche appliquée à partir de la demande des institutions publiques, des entreprises, voire des associations. Ces demandes sont très majoritairement formulées par les commanditaires en termes « d’acceptabilité sociale » des innovations technologiques et/ou de l’adoption de bonnes pratiques par les populations. L’objet de cette séance est de s’interroger pour savoir si ces recherches permettent aux acteurs sociaux de dépasser cette problématisation. Autrement dit, s’agit-il uniquement d’étudier les comportements dans le but de les faire changer selon des orientations déjà définies ou s’agit-il d’intégrer la description des pratiques comme un élément de décision au sein des organisations ou encore de légitimer le recours à des démarches de type « démocratie habitantes » ?
Cette séance s’inscrit dans le cycle “Recherche et acceptabilité du développement durable” de l’atelier. Un cycle qui s’intéresse au travail des chercheurs portant sur ou utilisant cette notion d’acceptabilité sociale dans le développement durable. Cette notion a en effet été élaborée dans un but prescriptif qui repose sur des considérations fortement normatives. Il s’agit pour les institutions notamment, de « faire accepter » le développement durable et lever les « verrous » de l’usage autant que technologiques. Alors que les mondes de la recherche et de l’expertise s’inscrivent dans des problématiques différentes, ces derniers incorporant de manière grandissante les commanditaires, les institutions publiques ou les acteurs économiques ; et plus largement, des acteurs pouvant avoir un intérêt à la prescription. Nous souhaitons donc interroger lors de ce cycle, le rôle des chercheurs dans l’usage de cette notion d’acceptabilité, distribuée et portée par d’autres acteurs.
Le succès de la notion d’acceptabilité sociale dans les débats sur le développement durable est en effet inséparable des difficultés et des rapports de forces que rencontrent les différents promoteurs de durabilité. Comment sont financés les projets ? Quelles missions d’expertise sont données et à qui ? Comment cette notion d’acceptabilité sociale entre en ligne de compte dans les dispositifs d’expertise ? Les acteurs sont guidés par des intérêts, des objectifs, et doivent respecter des cadres différents, parfois contradictoires. Partant, ces acteurs tentent de faire porter les contradictions auxquelles ils sont confrontés, par les autres intervenants, y compris les chercheurs. Cette sous-traitance des contradictions s’exprime à travers les modes de financement, la définition des missions d’expertise, l’élaboration de dispositifs de participation, etc.
Après une introduction de Gaëtan Brisepierre, la séance rassemblera les communications de sociologues ayant travaillé sur le développement durable et plus particulièrement les questions énergétiques, avec ou au sein de diverses organisations. Ces communications porteront moins sur les résultats de leurs travaux que sur leurs pratiques de recherche et les interactions qu’elles engendrent. D’abord sur les conditions d’exercice de la recherche appliquée, les négociations autour de la définition du sujet, de l’accès au terrain ou au financement, avec les autres disciplines. Ensuite sur la réception de ces recherches, l’usage des résultats par les organisations, leurs impacts sur la prise de décision ou encore les controverses qu’elles engendrent dans les milieux professionnels. Enfin sur les effets en matière de pratiques de la sociologie, les modalités de valorisations des résultats, voire sur l’identité du sociologue. A l’issue de chaque communication, la discussion sera lancée par Dominique Desjeux, pionniers en France de la recherche appliquée en sociologie, et une large place sera accordée aux échanges avec la salle.

Détails de la séance et enregistrements

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 Affiche atelier ACDD Art defi ecologie fusionne

7ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Responsables de la séance :  Thierry Paquot et Chris Younes

Si l’expression « art durable » n’a aucun sens, l’injonction à la durabilité comporte une dimension performative puissante, en témoigne les nombreux prix et bourses prônant le “développement durable” ou “soutenable” accordés à des artistes, comme le Green Leaf Award attribué en 2007 à Lucy + Jorge Orta “pour leur excellence artistique et leur message environnemental”.
La confrontation de l’artiste avec la préoccupation environnementale devient en effet impérative, essentielle et même existentielle. De plus en plus nombreuses sont les réalisations, installations, interventions, sur la large palette de l’art (chorégraphie, statuaire, peinture, vidéo, land art, art de la rue, art vivant, design,…) qui associent la pratique de l’artiste à l’écologie.
Mais comment affronter les contradictions entre dimensions formelles et fonctions sociales ? Comment la pratique artistique ouvre-t-elle une perspective critique, débarrassée de l’injonction à l’acceptabilité sociale de cet oxymore qu’est le “développement durable” ? Cette matinée souhaite apporter quelques éclairages sur “l’art au défi de l’écologie”.

Détails de la séance et enregistrements

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Séances précédentes


Affiche atelier ACDD Production format paysage A4

6ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

détails de la séance et enregistrements

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Affiche atelier ACDD Conception paysage3bis

5ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Détails de la séance et enregistrements

 

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Innovation et développement durable : entre injonctions et pratiques

4ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Détails de la séance et enregistrements


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Recherche et “Acceptabilité sociale” de la durabilité

3ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

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Innovations et comportements

2ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Détails de la séance et enregistrements

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Concepteurs de durabilité : des quartiers pour éco-habitants idéaux ?

1ère journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Détails de la séance et enregistrements

Activités du réseau

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Programme 2018-19 de l’atelier

Habiter la “transition”
Des pratiques existantes aux politiques de transition :
circulations et ambiguïtés

Atelier thématique commun aux réseaux ACDD et ReHaL
En partenariat avec le Master « Habitat et ville durable – Pour une approche critique de la fabrique urbaine »
(École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris – La Villette)

Six séances sont prévues cette année :
La mobilité transfrontalière : un catalyseur des territoires locaux en transition ?
Mardi 13 novembre 2018 (Besançon)
Coordinatrice et coordinateur de la séance : Sophie Némoz et Alexandre Moine
Lien vers la séance

Habitats alternatifs et usages de la participation : comparaisons nord-sud
Mardi 11 décembre 2018
(École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris – La Villette)

Coordinateurs de la séance : Dominique Theile et Lionel Rougé (en partenariat avec l’atelier “Alternatives dans l’habitat” du REHAL)
Lien vers la séance

Entre les lignes des Smart Cities : transition ou disruption des modèles urbains et des pratiques ?
Mardi 8 janvier 2019
(École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris – La Villette)

Coordinatrices de la séance : Sophie Némoz et Elisabeth Peyroux
Lien vers la séance

La fabrique des vulnérabilités à l’heure des transitions
Mardi 12 mars 2019 (Montpellier)
Coordinateur et coordinatrice de la séance : François Valegeas et Nadine Roudil (en partenariat avec l’atelier “Vulnérabilités résidentielles” du REHAL)
Lien vers la séance

‘Communs mondiaux’ et pratiques de transition. Les échelles de l’engagement en question
Mardi 14 mai 2019
cole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris – La Villette)
Coordinatrice et coordinateur de la séance : Léa Eynaud et Frédéric Sultan
Lien vers la séance

Ingénieries(s) de la transition : performance, décision, processus
Mardi 11 juin 2019
(École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris – La Villette)

Coordinateurs de la séance : Guillaume Lacroix et Gilles Debizet
Lien vers la séance

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Conférences organisée par
la Majeure Développement soutenable de Sciences Po. Lille
en partenariat avec le réseau ACDD

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Atelier 2012-2016
« Développement durable et acceptabilité sociale »

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Séances précédentes
Innovation et développement durable : entre injonctions et pratiques
Recherche et “Acceptabilité sociale” de la durabilité
Innovations et comportements
Concepteurs de durabilité : des quartiers pour éco-habitants idéaux ?

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Les numéros de la revue Vertigo liés à l’atelier
« Développement durable et acceptabilité sociale »

Article de présentation du dossier (lien)

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L’ouvrage du réseau ACDD

La ville durable controversée

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Les auteurs : Jérôme Boissonade (dir.), Pierre-Arnaud Barthel, Caroline Barthelemy, Christophe Beaurain, Christophe Beslay,  Valérie Clerc, Ludivine Damay, Miguel Donate Sastre, Rémi Eliçabe, Guillaume Faburel, Philippe Genestier, Romain Gournet, Amandine Guilbert, Anne-Sophie Haeringer, Caroline Lejeune, Marie-Hélène Lizée, Raul Marquez Porras, Laetitia Overney, Eric Pautard, Pascal Philifert, Hélène Reigner, Camille Roche, Pablo Romero Naguera, Delphine Varlet, Bruno Villalba, Marie-Christine Zelem.

Les projets urbains qui invoquent la « ville durable » sont-ils à la hauteur des enjeux contemporains? La promesse d’éco-quartiers montrant la voie d’une « transition écologique » répond-elle aux préoccupations économiques, sociales et environnementales portées notamment par de multiples acteurs de la société civile? Les « éco-techniques », proposées pour donner un vernis écologique aux bâtiments, peuvent-elles inverser les conséquences négatives du régime de développement dominant? Le greenwashing des projets urbains est-il une dérive de la « ville durable » ou une conséquence logique? Dans les discours, il s’agit encore et toujours de changer les comportements par une pédagogie des « petits gestes » auxquels chacun doit prêter attention, jusque dans sa salle de bains. Un tel gouvernement des conduites peut-il susciter l’adhésion des « simples citoyens »? Les dispositifs de débat public qui accompagnent les projets d’aménagement sont-ils à la mesure des enjeux démocratiques posés par ces projets?
Cet ouvrage collectif interroge les usages de la matrice du développement durable dans les espaces urbains. Il rassemble les travaux de recherches qui, dans leur diversité, ont en commun de prendre au sérieux les critiques formulées par les acteurs eux-mêmes, saisis dans ce qui les lie à leurs milieux et leurs formes de vie. Ces critiques de la « ville durable », énoncée publiquement comme un « bien en soi », sont soumises à de multiples épreuves. Quelles prises faut-il construire pour donner une portée à ces mouvements critiques qui naissent au cœur des expériences et des pratiques urbaines les plus ordinaires?
Le livre ouvre une discussion théorique et pragmatique sur la place de la critique dans le développement durable. Il explore la fabrique des prises de la critique, en s’appuyant sur des enquêtes dont les terrains sont français et internationaux, tendus entre géo-politiques urbaines et politiques locales. Inspiré par l’anthropologie et la sociologie de la perception, l’ouvrage réinsère la question politique dans les agencements pratiques que vivent les personnes et les groupes, traçant les contours de résistances ordinaires, ou parfois très singulières, qui échappent aux instruments d’une gouvernementalité verticale par la ville durable.

Sommaire et détails techniques
Introduction

Le changement : du sacrifice à l’exercice ? Comment passer du discours à l’action

Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Sixième journée de l’atelier « Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés »

Jeudi 23 novembre 2017
(10h -16h30)

Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)
20 rue Berbier-du-Mets 75013 Paris

Programme

Coordonnateurs de la séance : Sylvain Lavelle[1] et Dominique Theile[2]

Une « transition écologique » complexe, sans doute longue et difficile, qui articule un ensemble de dimensions – industrielle, sociale, environnementale, territoriale… -, semble s’imposer comme un des horizons les plus probables de notre époque. Or le sentiment d’urgence et d’inquiétude qui paraît gagner un nombre croissant de personnes contraste avec une certaine lenteur des changements à l’œuvre – quand ce n’est pas, pour certaines catégories d’acteurs, un déni pur et simple des problèmes. C’est un des paradoxes de la « transition » : il est généralement admis que nous avons désormais toute l’information et la connaissance pour rendre nécessaire et légitime le passage à l’action, mais nous nous comportons comme si nous n’en disposions pas…
C’est la question générale, suivie d’une série de questions plus particulières, que pose cette journée d’étude : comment passe-t-on du discours aux actions, si la connaissance et l’information en tant que telles ne suffisent pas et ne suffiront probablement jamais pour susciter l’engagement des acteurs ? Ne faut-il pas réfléchir le problème selon d’autres modalités, en allant regarder du côté des conditions matérielles et morales de la transition, dans la manière dont le changement, en écologie comme ailleurs, est décliné, motivé, vécu et pensé par les acteurs ? En particulier, s’il est question d’un changement de mode de vie, comment peuvent s’envisager, dans une société qui n’y semble pas préparée, du point de vue de la justice sociale, de l’égalité ou de l’équité, du sens individuel ou collectif, les sacrifices qui sont ou seront demandés aux populations ? Est-il pertinent d’envisager des modes de changement graduels ou expérimentaux, des exercices en somme – terme qui traduit la notion ancienne d’ascèse – qui pourraient rendre la sobriété plus ‘heureuse’ – en tous cas, moins sacrificielle ?  Quels genres d’éclairage nous apportent la recherche de voies de « transition » dans divers domaines qui exigent d’affronter les problèmes du sens, de l’addiction, de la résistance ou de l’appropriation du changement par les acteurs eux-mêmes ?
Cette journée d’étude pose dans toute son acuité la question de la sortie ou pas d’un modèle de société fondé sur la production marchande, et plus encore, sur la consommation, étendue désormais à toutes les sphères de la vie humaine. Une des hypothèses, qui constitue le fil conducteur de cette journée, est qu’il ne faut sous-estimer (a) ni l’ampleur et la profondeur du changement requis par la « transition écologique », à l’opposé de ce qu’ont semblé faire les approches classiques du développement durable, visant un chemin d’équilibre et de conciliation entre des objectifs par ailleurs contradictoires (b) ni la variété des options et des ressources qui s’offrent aux individus et aux collectivités qui envisagent d’être, chacun à leur manière, des acteurs de cette « transition écologique », et ceci, sans jamais nier, justement, la difficulté du changement.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
Cliquez sur le passage du programme concerné, puis sur « Télécharger » : le fichier peut alors être écouté ou téléchargé (clic droit sur la barre de progression audio et choisir « Enregistrer le fichier sous… »)

Introduction de Dominique Theile Présentation PDF

Matinée (10h – 12h30) :      

Après-midi (14h – 16h30) :

 

[1] Enseignant-Chercheur en Philosophie (ICAM-CETS, EHESS-GSPR)
[2] Chercheur conseil en sciences humaines et sociales
[3] Psychologue clinicienne, formatrice en développement personnel
[4] Accompagnatrice du changement sur les questions d’environnement et de développement durable
[5] Responsable du service Solidarités et Innovations Sociales, Aquitanis – Office Public de l’Habitat de Bordeaux Métropole

Jardins et Communs : terreaux de “transition” ?

Cycle Écologie des pratiques et place des collectifs

Cinquième journée de l’atelier « Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés »

Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189)
Département de Sociologie – UFR Sciences du Langage de l’Homme et de la Société (SLHS) Université de Franche-Comté

Jeudi 12 octobre 2017 (10h-17h00)

Besançon
Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement
1 rue Charles Nodier
Salle Claude Nicolas Ledoux
Programme PDF

Coordinatrices de la séance : Sophie Némoz[1] et Florence Rudolf[2]

Tandis que les jardins collectifs, jardins partagés, sèment divers territoires urbains, périurbains, ruraux, l’idée de changement, d’alternatives en cours, s’affirme sur ces terrains cultivés à plusieurs. Entre nature et culture et au croisement des problématiques de l’habiter, différentes qualités, sociales, économiques, politiques, esthétiques, sanitaires et environnementales, ont été associées aux jardins selon les époques, les sociétés et les territoires. Aujourd’hui, leur essor s’observe notamment au cœur de nouveaux collectifs. Le mouvement des « villes en transition » développe ainsi des potagers et des vergers urbains, gérés en groupe et présentés comme les « ingrédients » fondamentaux d’un territoire résilient face à la déplétion pétrolière et au réchauffement climatique. Si les jardins collectifs constituent une des initiatives les plus concrètes, fréquentes et visibles pour « rendre la Transition palpable par la communauté »[3], cet atelier vise à poser plus largement la question.
Les actions collectives dans ce domaine et les conceptions de la « transition » sont portées par différents acteurs. Ils excèdent un mouvement militant et s’étendent à travers une multiplicité de projets qui émanent de la société civile, d’initiatives « grass roots » tels qu’ils sont qualifiés à l’international, ou par-delà ces formes associatives, par l’entremise de démarches professionnelles, scientifiques ou institutionnelles. Le terme de jardin partagé est celui retenu par l’État français depuis 2014 bien que d’autres appellations comme jardin collectif, jardin communautaire, soient couramment utilisées.
Toutes ces dénominations mettent en avant l’usage et la gestion en commun de pratiques auxquelles les jardins offrent un horizon de possibles. Ces possibles partagent l’idée de communs aussi, c’est à cette notion que cet atelier sera plus précisément décerné d’autant qu’elle suscite un intérêt particulier de nos jours. A la croisée des sciences et des imaginaires politiques, culturels et sociétaux, les biens communs font l’objet d’une attention bien particulière parce qu’ils témoignent d’une alliance entre universalisme et localisme/ particularisme. L’idée de communs est née d’une critique de l’intérêt général, dont elle se distingue sans renier l’intérêt d’une montée en généralité. L’idée de communs, nous enjoint, de célébrer la recherche d’universalisme à travers des expériences situées, en travaillant des formes d’alliances entre des grandeurs incommensurables. Il s’agit de jouer d’équilibres instables, non comme d’une fragilité, mais comme l’affirmation d’une ouverture : ouverture à l’altérité (humaine et non humaine), ouverture sur le monde et le devenir.
Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que les communs soient au cœur de nombreux débats. De la philosophie politique à l’économie publique, puis institutionnaliste[4], ou encore en science juridique, en sociologie, en anthropologie et en histoire, la littérature internationale rend compte d’une définition polysémique, traversant différentes disciplines, et partant de sources d’inspiration plurielles. Elle recouvre des formes d’organisation de ressources matérielles ou immatérielles par un collectif. Il y a là, des communautés plus ou moins inclusives/exclusives d’ayant-droits dont les pratiques et les représentations ne vont pas sans ambiguïtés.
 A l’heure où ces dynamiques d’action collective interrogent l’organisation des territoires, tout en soulevant le débat en matière d’environnement, cette journée a pour objectif d’approfondir leur questionnement sur le terrain des jardins. Quels biens communs peuvent être observés en leur sein ? Comment sont-ils cultivés ? Par qui ? A travers quels savoirs, quelles pratiques, quels imaginaires et sens ? Qu’est-ce qui les met en œuvre mais aussi à l’épreuve ? Dans quels espaces-temps ? A quelles échelles ? Selon quelles formes institutionnelles ? En quoi l’organisation, la production et l’usage des jardins en communs recomposent-ils les manières d’habiter ? Avec quels effets sociaux, économiques, politiques et environnementaux ?
Cette séance propose de travailler sur ces questions, en invitant un public large, composé tant de chercheurs, de praticiens, d’associations, d’étudiants et de toute autre personne intéressée. Du point de vue historique, l’idée des communs a connu plusieurs phénomènes de résurgence dans la région Bourgogne Franche-Comté. Les formes pluriséculaires de la coopération des producteurs laitiers locaux ont créé des « fruitières » visant à fructifier ensemble, à travers une défense du commun social mais aussi, environnemental au niveau des pâturages. L’idée des communs a pu être également portée par des militants socialistes et radicaux, anciens fouriéristes, ou encore par les œuvres de l’architecte, urbaniste et utopiste, Claude Nicolas Ledoux.
Au regard de ce patronyme, d’un ancrage territorial et des approches comparatives internationales, la Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement de Franche-Comté (MSHE Ledoux) accueillera cet atelier en partenariat avec le Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189 UBFC), ainsi qu’avec le soutien de l’Equipe d’Accueil « Architecture, Morphologie/Morphogénèse Urbaine et Projets » (AMUP EA 7309) et de la Région Bourgogne-Franche-Comté. La journée reviendra sur la généalogie locale des dispositifs coopératifs, puis analysera au cours de la matinée des expériences concrètes de jardins partagés dans la région, notamment à Besançon où l’une d’elles a débouché sur un projet d’habitat participatif. L’après-midi sera résolument international, avec des présentations de recherches en agroécologie à Neuchâtel, sur les potagers urbains dans le cas de Genève, les « Community gardens » à New York, et plus largement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

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Introduction de Sophie Nemoz

Matinée (10h00 – 12h30) : Fragments locaux

Discutante : Laurence Granchamp[9]

Après-midi (14h – 17h) : Mises en perspectives internationales

Introduction de Sophie Nemoz

Discutante : Sophie Némoz

Conclusion de la journée : Florence Rudolf

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[1] Maître de conférences, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).
[2] Professeure, Directrice adjointe de l’équipe d’accueil Architecture, Morphologie/Morphogenèse Urbaine et Projets, AMUP (EA 7309), Insa de Strasbourg.
[3] HOPKINS Rob (2010), Manuel de transition : de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Montréal, Écosociété.
[4] OSTROM Elinor (1990), Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, New York, Cambridge University Press.
[5] Maître de conférences HDR, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).
[6] Architecte-conseiller chargée de mission pour les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône.
[7] Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte.
[8] Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte.
[9] Maître de conférences, Dynamiques Européennes, Université de Strasbourg, DynamE (UMR 7367).
[10] Maître d’Enseignement et de Recherche, Laboratoire de biodiversité du sol, Université de Neuchâtel, UNINE.
[11] Sociologue, professeur, Responsable du Centre de recherches (CERES), Haute école spécialisée de Suisse occidentale, HETS Genève.
[12] Maître de conférences, Savoirs dans l’Espace Anglophone Représentations, Culture, Histoire, Université de Strasbourg, SEARCH  (EA 2325)
[13] Chargée de recherche CNRS, Dynamiques Européennes, DynamE (UMR 7367)

 

Possibles sociotechniques, construction des futurs et sens de la transition

Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Quatrième journée de l’atelier « Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés »

Mercredi 13 septembre 2017
9h30-16h30

Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)
20 rue Berbier-du-Mets 75013 Paris
Métro Les gobelins (ligne 7)
Entrée libre (sans inscription)

Programme et plan d’accès

Coordonnateurs de la séance : Yannick Rumpala[1] et Jérôme Boissonade[2]

Les souhaits et efforts en faveur d’une transition (écologique) ont aussi dans leur noyau structurant une dimension temporelle qui est celle du futur. C’est, pour une part importante, cette dimension qui leur donne sens, puisque l’horizon proposé ne peut être que celui d’une amélioration à venir. Le chemin esquissé est celui d’un apprentissage collectif qui doit trouver ses conditions de facilitation. Plus ou moins explicitement, les interventions envisagées et mises en œuvre visent conjointement à transformer des configurations sociotechniques pour en éliminer les effets problématiques et essayer d’assurer des effets bénéfiques.

Cette séance vise à démêler l’intrication de ces différentes dimensions. Certaines initiatives dans la période récente sont emblématiques de cette intrication, comme celles dérivant de l’esprit des fab labs, tiers-lieux, etc., presque constitué en modèle alternatif. A l’échelle de la ville, des projets sur ce modèle offrent la promesse de pouvoir assurer certains besoins basiques grâce à de petites unités de fabrication, sous forme d’ateliers implantés dans les quartiers et mettant des machines relativement avancées à disposition des communautés. La « fab city » serait une ville où les citoyens pourraient aussi devenir fabricants et ressaisir leurs propres besoins, en se réappropriant des technologies de manière collaborative et en contribuant à une maîtrise des flux physiques et énergétiques qui conditionnent les situations écologiques.

Ce qui apparaît intéressant dans ces projets et dans d’autres, c’est la manière dont ils inscrivent leur action et leurs « aspirations transformatrices » dans des perspectives et des futurs qui leur donnent sens. La transition écologique semble intégrée comme un référent majeur de ces initiatives. Mais les démarches prospectives mises en jeu semblent relever d’une quête extensive de prises pour rendre les futurs discutables. Ces initiatives s’organisent en effet, comme s’il s’agissait de trouver à travers la complexité des ensembles socio-techniques, des prises permettant d’avancer vers un futur marqué par l’incertitude. L’enjeu pour les acteurs paraît être alors d’ouvrir une pluralité d’échelles d’action et de futurs possibles, ne se résumant pas à l’entrée dans un temps nouveau qualifié maintenant couramment d’« anthropocène » ou à celui d’un effondrement généralisé. Nous souhaitons donc dans cette séance discuter la dimension transitionnelle de ces arrangements sociotechniques, en interrogeant les manières dont est construite leur « habitabilité » à travers les images du futur, les dynamiques intellectuelles, les pratiques associées, etc.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
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Introduction de Jérôme Boissonade

Matinée (9h30 – 12h30) :

Débat avec la salle 1ère partie  2ème partie

Débat avec la salle 1ère partie  2ème partie

Après-midi (14h – 17h) :

Débat avec la salle

Débat avec la salle

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[1] Maître de conférences (HDR) en science politique à l’Université de Nice, membre de l’Equipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés (ERMES).
[2] Architecte, Maitre de Conférences en sociologie à l’Université du Littoral (ULCO), membre de l’équipe de recherche Architecture Urbanisme Sociétés (AUS – UMR LAVUE).
[3] Directeur des programmes de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), Président du comité scientifique et technique du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM).
[4] Directeur d’études de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Directeur de recherche émérite à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), membre du Centre Norbert Elias (UMR 8562)
[5] Directeur d’études en sociologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Directeur du Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive (GSPR)

Mener l’enquête de l’habitabilité

Cycle « Écologie pratique et place des collectifs »

Troisième journée de l’atelier « Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés »

Jeudi 18 mai 2017 (9h30-16h30)

Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)
20 rue Berbier-du-Mets 75013 Paris
Métro Les gobelins (ligne 7)
Entrée libre (sans inscription)
Programme et plan d’accès PDF

Coordonnateurs de la séance : Rémi Eliçabe[1] et Jérôme Boissonade[2]

Depuis la mise en œuvre des premiers quartiers durables en Europe, la problématique de l’habiter est au centre de l’attention des aménageurs et des décideurs. La question qui se pose à eux est celle de savoir comment accompagner les habitants à la transition écologique et énergétique et, par-là, comment assurer l’appropriation par ces habitants de nouveaux modes de vie durables ? La recherche en sciences sociales est donc sollicitée pour suivre les transformations sur l’habiter qu’entraîne l’expérimentation de nouvelles techniques de construction et comprendre les éventuels problèmes qui se posent au fil de leur implantation. Mais une demande sociale importante lui est aussi adressée à l’échelle plus large de la mutation de l’urbanité et de la ville dans son ensemble, une demande que l’on pourrait formuler de la manière suivante : comment habiter la ville durable ?

La thématique de l’habiter est donc arrivée en force dans la littérature avec les premiers états des lieux qui prennent en compte les usagers et les habitants des écoquartiers français. Cette thématique est véritablement prise en charge par une génération de jeunes chercheurs (par exemple S. Nemoz, V. Renauld, F. Valegeas, Z. Hagel, H. Subrémon) qui est la première à poser la question de l’habiter dans la ville durable à l’épreuve de ses réalisations concrètes, sans discréditer par avance le discours des habitants et en prenant au sérieux leurs pratiques. Des parties entières de ces thèses sont consacrées à l’appréhension réflexive des habitants quant aux nouveaux dispositifs et aménagements durables, ou à leurs consommations énergétiques. Inspirées par les travaux de M. De Certeau sur les ruses de la vie quotidienne et les arts de faire des usages (arts des faibles, art du braconnage) et la sociologie pragmatique, ces recherches donnent à voir des habitants inventifs, bricoleurs, débrouillards, compétents pour résoudre toutes sortes de problèmes, agissant à des échelles multiples et de manière coordonnée.

On ne peut que se réjouir de la publication de ces travaux, qui permettent de commencer à re-symétriser une recherche qui avait tendance à n’éclairer le phénomène du développement urbain durable que depuis l’angle de sa gouvernance et de son déploiement technique et à ne considérer les habitants que comme des freins à ce développement. Mais si l’ensemble de ces travaux mettent en valeur ceux qui sont au centre de ces transformations de la ville, les habitants des écoquartiers et autres quartiers durables, avec toutes les compétences dont ils sont dotés, de nombreuses questions restent ouvertes : quel sens les habitants donnent-ils aux nombreux dysfonctionnements techniques rencontrés dans ces nouveaux écoquartiers ? Et de là, quelles continuités ou discontinuités peut-on repérer entre aménageurs et techniciens d’un côté et habitants de l’autre ? Quelles échelles de l’habiter sont prises en compte dans ces enquêtes ? Quelles pratiques de la ville, autres que purement domestiques d’une part ou adaptatives d’autre part, sont mises en valeur ? Quelle place est donnée non plus seulement à l’inventivité des habitants mais à leur capacité analytique, à leur capacité à problématiser la ville durable ?

Cette séance aura pour objectif de faire le point sur les méthodes autant que sur les résultats de ces enquêtes récentes sur l’habiter durable. Nous nous demanderons donc autant comment mener l’enquête sur l’habitabilité que ce que ces enquêtes nous apprennent de neuf sur les capacités des habitants à problématiser et agir dans ce contexte de transition écologique des villes. Deux des exposés auront directement à charge de présenter des enquêtes menées auprès d’habitants de grands écoquartiers fraîchement livrés, notamment Lyon Confluence : Ludovic Morand (suivi d’une intervention de Sophie Nemoz) et le GRAC (suivi d’une intervention de Martin Denoun). Un dernier exposé, en début d’après-midi, ouvrira le champ de questionnement au moyen d’une enquête collective et multisituée sur des pratiques d’agriculture urbaines initiées par des habitants (Bénédikte Zitouni, Alexis Zimmer et Chloé Deligne). Sophie Nemoz et Martin Denoun mettront en perspective les trois présentations et animeront la discussion.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
C
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Introduction de Jérôme Boissonade

Matinée (9h30 – 12h30) :

Ludovic Morand[3] : « Un habiter durable ? Apports et limites d’une approche non-évaluative de l’habiter »[4]

Questions de Sophie Nemoz[5] ; Questions de la salle ; Réponses[4] de Ludovic Morand

Rémi Eliçabe, Amandine Guilbert[6] et Yannis Lemery[7] du GRAC (Lyon) : « Suivre la logique vivante de l’habiter. Une enquête aux côtés des habitants de Lyon Confluence » : Première partie ; Deuxième partie

Questions de Martin Denoun[8] ; Réponses du GRAC

Après-midi (14h – 16h30) :

Introduction de Rémi Eliçabe

Bénédikte Zitouni[9], Chloé Deligne[10] et Alexis Zimmer[11] du collectif « Ecologies de Bruxelles »[12] : « Terrains et intrigues. Passés, présents et futurs des jardiniers en ville » : Première partie ; Deuxième partie

Débat avec la salle : Première partie ; Deuxième partie

Discutants : Sophie Nemoz et Martin Denoun[13]

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[1] Sociologue, chargé de recherche au Groupe Recherche Action (GRAC)
[2] Architecte, Maitre de Conférences en sociologie (ULCO – UMR LAVUE)
[3] Sociologue, Centre Norbert Elias, EHESS Marseille.
[4] Ludovic Morand n’a pas souhaité rendre l’enregistrement de sa communication et de ses réponses aux questions disponible en ligne.
[5] Maître de Conférences à l’Université de Bourgogne/Franche-Comté Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA).
[6] Chargée de recherche au Groupe Recherche Action (GRAC)
[7] Chargé de recherche au Groupe Recherche Action (GRAC)
[8] Sociologue, professeur à l’Université Saint-Louis Bruxelles
[9] Historienne, chercheur qualifiée au FNRS, Université Libre de Bruxelles
[10] Historien, post-doctorant, à l’Institut des Humanités de Paris, Université Paris-Diderot)
[11] Collectif aussi composé de Livia Cahn (USLB CES), Noémie Pons-Rotbardt (ULB LIEU) et de Nicolas Prignot (ULB, LIEU)
[12] Doctorant au Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive (GSPR) EHESS

 

 

Le développement durable à l’épreuve de la société du risque

Affiche DD epreuve societe du risque (ACDD)fusionne

13ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”
Assemblée générale du réseau “Approches Critiques du Développement Durable” en fin de journée

Mercredi 22 juin 2016
10h-17h

Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)
20 rue Berbier-du-Mets 75013 Paris
Métro Les gobelins (ligne 7)
Entrée libre (sans inscription)
Programme et plan d’accès PDF

Coordinateur de la séance : Jacques Lolive[1]

Le développement spectaculaire des risques environnementaux dans les sociétés contemporaines a été analysé par Ulrich Beck qui a proposé la notion de société du risque. Selon lui, « la production  sociale  de  richesses  est  systématiquement  corrélée  à  la  production  sociale  de risques ».  Si  le  risque (et  sa  réalisation catastrophique) fait  désormais partie intégrante des sociétés actuelles, comment le développement durable peut-il prendre en compte cet élément encombrant ?  Quelles  trajectoires  de  durabilité  peut-on  mettre  en  œuvre  pour  améliorer  la situation  de  ces  sociétés  insoutenables,  et  notamment  les  situations  post-catastrophiques ? Comment habiter dans les zones à risques qui se développent dans des métropoles où coexistent zones industrielles, zones contaminées, favelas, zones inondables, crise de l’eau et mort des hydrosystèmes ?

Face à ces enjeux nous proposons de privilégier :

  • une réflexion sur la méthode qui soit à la fois une posture de recherche et une méthode de transformation sociale
  • une réflexion sur les premières actions pour amorcer une trajectoire de durabilité dans ces métropoles insoutenables.

Comment combiner information, changements de comportements et mobilisation des populations exposées. ? Comment impliquer les  habitants exposés  dans  la  gestion  des  zones  à  risque ? Comment commencer à faire changer les choses dans les métropoles insoutenables ?
Ces questions seront abordées à partir de certaines controverses :

  • Société du risque versus développement durable
  • Acceptabilité sociale du risque et adaptation versus développement durable.
  • Urgence d’agir pour améliorer la situation des populations exposées versus processus long de transformations profondes et graduelles.
  • Communication du risque versus Participation du public. Protection de l’environnement versus droit social

Plusieurs terrains viendront à l’appui des débats :

  • Habiter dans les zones contaminées de São Paulo (J .Lolive, C. Okamura analyseront la situation du Condominium Barão de Mauá)
  • Les occupations irrégulières  de  zones  protégées  (J.  Lolive,  C.  Okamura  analyseront  les occupations illégales dans la zone de protection du barrage-réservoir de Guarapiranga)
  • Les zones à risques de l’étang de Berre, des estuaires de la Gironde (Blayet) et de la Severn (Hinkley Point) (F. Chateauraynaud y analysera la « rébellion des milieux »)
  • L’expérience de l’éco-quartier de l’Union à Roubaix (B. Villalba présentera cette expérience pour justifier la nécessité de promouvoir une durabilité forte)

Ces approches  seront complétées par un éclairage philosophique sur la participation, avec Joëlle Zask, spécialiste de la philosophie pragmatiste et notamment de celle de John Dewey. Elle proposera des pistes de réflexion inspirées du pragmatisme pour nous aider à réfléchir sur le développement d’une « participation contributive » qui incluera le  public des populations des favelas. Elle s’appuiera notamment sur  son  dernier livre qui analyse comment l’agriculture paysanne cultive les valeurs démocratiques

Les documents et les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous
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Introduction (J. Lolive) Texte introduction en PDF

Matinée (10h – 12h30)

         Questions de la salleRéponses des intervenants 

Après-midi (14h – 16h30)

          Échanges avec la salle

  Débat final des intervenants avec la salle (1ère partie) (2ème partie)

Discutant : Jacques Lolive

Après-midi (16h30- 17h)

  • Assemblée générale du réseau “Approches Critiques du Développement Durable” (ACDD)
    Cette réunion a été l’occasion de discuter du fonctionnement du réseau et de la proposition d’atelier élaborée lors de la journée du 8 juin pendant le forum des 25 ans du REHAL et qui prendra le relais de celui-ci l’année prochaine (voir la page Activités du réseau).

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[1] Directeur de recherche en sciences politiques au CNRS (laboratoire PACTE).
[2] Sociologue et Chercheuse à l’Agence de l’Environnement de l’État de São  Paulo (CETESB) et à l’Université de São Paulo.
[3] Jacques Lolive,  politiste spécialiste des  questions environnementales et  Cintia Okamura, sociologue brésilienne spécialiste du milieu anthropique, présentent leur  recherche  « Expérimenter des  méthodes  pour  développer  une  culture  du  risque  à  São Paulo », dans une métropole au développement insoutenable où les risques font partie de la vie quotidienne.
[4] Directeur d’études en sociologie à l’EHESS et Directeur du Groupe de sociologie pragmatique et réflexive (GSPR).
[5] Francis Châteauraynaud, sociologue pragmatiste spécialiste des alertes et des risques, présente des situations comparables dans des zones à risque en France. Il développe ses analyses sur « la rébellion des milieux », des modes de contestation où les acteurs font valoir une manière d’habiter, d’investir, de coproduire un monde qu’ils refusent de voir inféodé à un espace de calcul centralisé.
[6] Professeur des Universités, Science Politique, AgroParisTech.
[7] Bruno Villalba, politiste spécialiste de la sociologie environnementale et de l’écologie  politique,  réfléchit  sur   les   conditions   d’une   durabilité  forte. Il analyse les contradictions entre durabilité et acceptabilité et le conflit entre les situations d’urgence et la nécessité de transformations profondes.
[8] Maître de conférences HDR en philosophie, à l’Université de Provence.
[9] Joëlle  Zask, spécialiste de philosophie politique et du pragmatisme (notamment de  John  Dewey),  analyse la  participation comme une  entreprise d’individuation qu’elle définit comme capacité  d’engagement et d’initiative. Elle s’appuiera sur son dernier livre « la démocratie aux champs » pour alimenter notre réflexion sur la participation des habitants des favelas.

Mettre à l’épreuve l’acceptabilité sociale

12ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”
Séance spéciale à l’occasion du Forum des 25 ans du réseau Recherche Habitat Logement (ReHaL)

Mercredi 8 juin 2016
10h-17h30

Antenne de l’Université de Cergy(Genevilliers)
ZAC des Barbanniers, Avenue Marcel-Paul 92230 Gennevilliers
RER C (arrêt Gennevilliers)
Programme PDF (avec plan d’accès transports en commun)

Coordinateur de la séance : Jérôme Boissonade [1]

La notion d’acceptabilité sociale a émergé au début des années 2000, soit moins d’une décennie après celle de développement durable. Elles ont connu un succès similaire, une genèse assez proche, une fragilité de leurs fondements théoriques analogue et sont la plupart du temps portées par les mêmes acteurs.
Cette journée souhaite interroger les relations croisées entre ces deux histoires et les évolutions récentes de ces deux catégories de la pratique pour comprendre comment nous sommes passés d’une durabilité consacrée aux besoins essentiels des populations, auxquels les nations unies s’étaient engagées à répondre en 1992, à la volonté actuelle des mêmes acteurs d’aller jusqu’aux limites de ce que les consommateurs, les habitants ou les citoyens, peuvent accepter.
Cette appréhension de l’inacceptable, prise en charge initialement par la psychologie sociale afin de prédire et de changer le comportement des utilisateurs face aux systèmes technologiques[2], a aujourd’hui clairement changé d’échelle. Qu’il s’agisse des conséquences du traitement des informations collectées par la géolocalisation, au rôle éventuel du principe d’équité sur le traitement de la question des effets de serre, en passant par les questions d’accompagnement des publics et de reconnaissance des méthodes de conduite des projet urbains, « l’inacceptabilité » représente une menace qui hante l’action publique, notamment lorsqu’elle s’aventure sur des terrains environnementaux, ou plus largement, quand elle traite de questions susceptibles de relever du développement durable.
Quel rôle a joué la notion de développement durable dans la diffusion de « l’acceptabilité sociale » ? Lors de ces traductions croisées, comment se sont-ils transformés pour irriguer les débats contemporains ?
Si l’on reprend une des définitions récentes de l’acceptabilité sociale, celle-ci est comprise comme « un processus d’évaluation politique d’un projet sociotechnique mettant en interaction une pluralité d’acteurs impliqués à diverses échelles et à partir duquel se construisent progressivement des arrangements et des règles institutionnels reconnus légitimes car cohérents avec la vision du territoire et le modèle de développement privilégiés par les acteurs concernés »[3].
Limitée à la médiation et la résolution de conflits, cette notion relative et floue présuppose pourtant que ce sur quoi elle s’applique est nécessaire, légitime, et est ou sera réalisé[4]. Face aux « verrous comportementaux », la psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à « l’impératif écologique » qui nécessite de prendre des décisions publiques dans des « univers controversés »[5]. Cette injonction à la durabilité qui laisse peu de place aux alternatives, légitime les entreprises d’acceptabilité sociale. Pourtant, la « coercition mutuelle »[6] peine à produire une « participation raisonnable »[7]. On assiste aujourd’hui à un retour du réel qui réinterroge le couplage de ces deux notions, qu’il s’agisse de l’effet rebond, des accusations de greenwashing ou des « effets pervers » de solutions « acceptées » par les consommateurs / usagers / habitants / citoyens et se révélant pourtant d’une durabilité bien restreinte.
Les recherches sur la durabilité peuvent-elles travailler la question de “l’acceptabilité sociale” sans pour autant se traduire par une injonction qui gouvernementalise les conduites ? Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ? Dans quelle mesure la question l’instrumentation de ces recherches ne se pose-t-elle pas plus fortement que dans d’autres domaines ? S’agit-il d’investir de manière critique la notion d’acceptabilité et/ou élaborer des notions alternatives ?
L’objectif de cette séance, qui intervient à la suite du dossier éponyme de la revue [VertigO] est de faire le point sur les interactions entre développement durable et acceptabilité sociale et leurs effets sur les acteurs et les situations, avant la séance qui clôturera définitivement l’atelier « Développement durable et acceptabilité sociale », prévue le mercredi 22 juin (séance coordonnée par Jacques Lolive : « Le développement durable à l’épreuve de la société du risque. Stratégies d’acceptation par la durabilité pour métropoles insoutenables ? »).

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Matinée (10h – 13h) (dans le cadre du Forum des 25 ans du ReHaL)
Réflexion générale sur les résultats de l’atelier et ses perspectives (présentation en session plénière du forum ReHaL, par leurs animateurs (trices) des travaux menés dans le cadre des différents ateliers).

Après-midi (15h – 17h) (en partenariat avec la revue Vertigo)
Acceptabilité environnementale et acceptabilité urbaine : approches croisées

Discutant : Jérôme Boissonade

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[1] Architecte, Maître de conférences en sociologie à l’Université du Littoral (ULCO) et chercheur de l’UMR LAVUE (équipe AUS).
[2] Jones, R., J. Pykett et M. Whitehead, 2013, Changing Behaviours. On the Rise of the Psychological State, Edward Elgar. Whitehead M. J., 2014, “The experimental citizen. The Psychological State and the Experimental Subject”, Changing Behaviours, 12/06/2014, http://changingbehaviours.wordpress.com/2014/06/12/the-experimental-citizen/
[3] Fortin Marie-José et Fournis Yann, « Vers une définition ascendante de l’acceptabilité sociale : les dynamiques territoriales face aux projets énergétiques au Québec », Natures Sciences Sociétés, 2014/3 Vol. 22, p.234, p. 231-239.
[4] Raufflet, E. 2014, « De l’acceptabilité sociale au développement local résilient », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 14 Numéro 2 | septembre 2014, mis en ligne le 12 septembre 2014, consulté le 02 décembre 2014. URL : http://vertigo.revues.org/15139 ; DOI : 10.4000/vertigo.15139
[5] Un primat de la construction scientifique et sociale des problèmes sur leur perception directe par les individus ; le poids des incertitudes et des controverses scientifiques et sociales sur des aspects du réel qui sont pourtant essentiels pour nous permettre d’agir ; l’importance prise par la question de la représentation distincte des intérêts de tiers qui sont absents de la scène décisionnelle « ici et maintenant » (générations futures, faune, flore,…) ; une présomption d’irréversibilité qui concerne des phénomènes jugés majeurs, ce qui nous empêche d’attendre une stabilisation des savoirs pour agir.
[6] Douglas Mary (1992), De la souillure. Études sur la notion de pollution et de tabou, Paris, La Découverte
7 Barbier Rémi (2002), « La fabrique de l’usager. Le cas de la collecte sélective des déchets », Flux, 2002, n°48-49, p.35-46, p. 37.
[8] Professeur des Universités à l’Institut Français d’Urbanisme, Université de Paris Est Marne La Vallée, Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS), Champs-sur-Marne
[9] Maître de Conférences en Sociologie, Laboratoire Population Environnement Développement, LPED – Aix-Marseille Université – UMR 151, Centre Saint-Charles – CASE 10
[10] Doctorant en Sciences politiques, Université Lumière Lyon 2

affiche REHAL

 

Urgence environnementale et acceptabilité sociale

11ème journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Mardi 19 avril 2016
10h-16h30

Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord
20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis
Amphithéâtre 140
Métro ligne 12 arrêt Front Populaire

Programme PDF et plan d’accès

Coordinateur de la séance : Bruno Villalba [1]

La recherche scientifique est de plus en plus sollicitée pour permettre d’élaborer des décisions publiques acceptées par les usagers, notamment dans des choix techniques [2]. La psychologie sociale, l’économie comportementale, les sciences de la communication, les neurosciences ou la science politique sont sollicités pour répondre à cet « impératif écologique [qui] exige d’une part, des innovations technologiques et, d’autre part, des changements de comportement individuel et collectif (…) hypothétiques » [3]. Il s’agit dès lors de contribuer aux leviers du changement, qui feront disparaître les blocages et les réticences des acteurs.
Cela interroge les conditions de production d’un savoir scientifique réflexif. Mais au-delà de cette question épistémologique, l’acceptabilité sociale suppose l’adoption de procédures qui permettent l’appropriation par les acteurs sociaux de procédures, de normes ou des manières de faire, conformes aux options choisies par les préconisateurs.
La notion d’acceptabilité sociale, directement issue de la gestion des risques et du calcul rationnel a progressivement été reprise par les institutions alors qu’elle soulève de nombreuses questions
• La notion d’acceptabilité peut-elle répondre aux obstacles rencontrés par le développement durable, sans questionner son caractère hégémonique et impératif ?
• Dans quelle mesure, un “paternalisme libertaire” [4] confortant la rationalité latente des individus pour orienter leur choix en direction de cet “impératif”, ne renforce-t-il pas les contradictions de cet oxymore qu’est le développement durable ?
• Comment la recherche urbaine peut-elle s’extraire d’une approche normative de l’acceptabilité en termes de standards et de bonnes pratiques, alors même que les formes concrètes du développement durable sont constamment co-construites avec des acteurs publics et privés en demande de modèles transférables ?
• Dans quelle mesure, interroger la notion d’acceptabilité et ses usages, peut-il nous permettre d’une part, de donner sens aux difficultés concrètes que rencontre le développement durable et d’autre part, de mieux comprendre la nature des relations entre la recherche et le champ du développement durable ?
• Enfin, ce travail sur le rôle de l’acceptabilité peut-il nous permettre de trouver des points d’appui pour construire la critique vis-à-vis du développement durable ?
L’acceptabilité peut être perçue comme un « alibi sémantique pour assurer ou justifier la reconduction des pratiques usuelles » [5]. Il ne s’agirait alors qu’une d’une autre manière de réaffirmer la capacité des élites politiques et techniques dans la construction des décisions.
L’urgence environnementale – le singulier est simplement une commodité générique, car elle regroupe l’ensemble des urgences environnementales, qu’elles soient « naturelles », comme le changement climatique, ou socio-techniques, comme la question nucléaire – interroge cependant la question de l’acceptabilité sociale. Cela ne concerne pas simplement les dispositifs d’imposition en jeu (logique représentative/participative, sciences expertes/citoyennes), mais plus profondément la question des temporalités. Comment l’urgence interroge la capacité du « social » à s’adapter aux conséquences de cette urgence ? Les temps de l’effondrement (catastrophe lente et irruption soudaine de l’événement…) dessinent une autre grammaire de l’urgence et de la capacité des dispositifs classiques de la décision politique à « faire accepter » la gestion de l’urgence.
L’atelier a vocation à permettre une confrontation interdisciplinaire (philosophie, science politique) sur les conditions d’énonciation de cette urgence et les formes de son institutionnalisation (à partir de l’acceptabilité, qui suppose une transformation des pratiques et des représentations).

Les documents et les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous
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Matinée (10h – 12h30)
Introduction de Bruno Villalba (matin)
Réflexion générale sur les modèles de la nature

Hicham-Stéphane Afeissa [7] : « Appréhender la fin ? » (première partie) (deuxième partie) (liste des ouvrages cités en PDF)   Débat avec la salle
Edouard Jolly [6] : « L’ultime menace, c’est l’ordre du possible » (première partie) (deuxième partie) (support PDF de la communication d’E. Jolly)   Débat avec la salle

Après-midi (14h – 16h30)
Introduction de Bruno Villalba (après-midi)
Approfondissement sur nature et politique en prenant le cas du climat

Alain Kaufmann [9] : « Démocratie technique, participation, sites de problématisation: entre acceptabilité sociale et genèse d’une démocratie écologique »   Débat avec la salle
Raphaël Stevens [8] : « Scénarios de l’acceptation ? »   Débat avec la salle
Discussion générale avec la salle sur les quatre interventions

Discutants : Bruno Villalba [10]

[1] Professeur des Universités, Science Politique, AgroParisTech.
[2] Hickson, A., Phillips A. and Morales G., 2007, « Public perception related to a hydrogen hybrid internal combustion engine transit bus demonstration and hydrogen fuel », Energy Policy 35 (2007), p.2249-2255.
[3] Centre d’analyse stratégique (2011), “Nudges verts” : de nouvelles incitations pour des comportements écologiques ; Note de presse.
[4] Thaler Richard H., Sunstein Cass R. (2003), « Libertarian paternalism is not an oxymoron », The University of Chicago Law Review, vol. 70(4).
[5] Marie-José Fortin, Yann Fournis, « Vers une définition ascendante de l’acceptabilité sociale : les dynamiques territoriales face aux projets énergétiques au Québec », Natures Sciences Sociétés 2014/3 (Vol. 22), pp. 231-239, p.232.
[6] Post-doc researcher on ERC Project: GRAPH (The Great War and Modern Philosophy) at the Husserl Archives, Institute of Philosophy, KU Leuven.
[7] Professeur agrégé, docteur en philosophie et en géosciences & environnement, membre associé du laboratoire « Logiques de l’agir » (EA 2274) de l’Université de Franche-Comté.
[8] Chercheur indépendant, spécialisé en résilience des systèmes socio-écologiques, formateur et auteur de Comment tout peut s’effondrer. Paris, Seuil, 2015 (avec Pablo Servigne) et Petit traité de résilience locale, éd. Charles Léopold Mayer, 2015).
[9] Sociologue et biologiste, directeur de l’Interface Sciences-Société de l’Université de Lausanne (UNIL).
[10] Professeur des Universités, Science Politique, AgroParisTech.

 

Participation et durabilité. Deux injonctions en tension ?

Affiche atelier ACDD Participation et durabilite injonctions en tension (fusionne)

Cycle « Acteurs et régimes de production de l’acceptabilité sociale »

Neuvième journée de l’atelier Développement durable et “acceptabilité sociale”

Mardi 26 mai 2015

Coordonateur de la séance : Rémi Barbier[1]

La participation des « personnes concernées » est une norme de l’action publique environnementale. Plusieurs finalités lui sont généralement assignées : incorporer des valeurs et intérêts du public dans le processus de prise de décision ; améliorer la qualité intrinsèque des décisions ; renforcer la confiance dans les institutions ; éduquer le public ; réduire les conflits, le tout en justifiant le temps et l’argent consacrés à sa mise en œuvre [2]. Mais les résultats de la gouvernance participative ou concertée de l’environnement sont-ils à la hauteur des espoirs placés dans ces nouvelles pratiques ? La littérature se fait l’écho à cet égard d’une lassitude et d’un certain désenchantement. D’autres auteurs évoquent avec une tonalité critique une « idéologie participationniste » au service d’un gouvernement de la critique sociale et environnementale. D’autres enfin identifient les multiples obstacles à l’effectivité démocratique (quel(s) public(s) participent réellement ? les acteurs d’environnement en sortent-ils renforcés ?) et fonctionnelle (cela contribue-t-il à améliorer l’état de l’environnement ?) de la gouvernance participative. L’environnement a-t-il alors vraiment besoin de la participation ?

Cette séance de l’atelier entend questionner les liens complexes entre (formes diverses de) participation et (pluralité des effets en matière de) soutenabilité.

Discutante : Cécile Blatrix [3]

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Les présentations Powerpoint et les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :

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Introduction de Rémi Barbier

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Matinée (10h – 12h30) Des dispositifs participatifs à leurs effets en matière de durabilité :

Gilles Massardier[4] : « Des contradictions aux paradoxes: les relations ambigües entre durabilité et participation »

Première partieDeuxième partiePrésentation Powerpoint

A partir de cas français et latino-américains et d’une méthodologie délibérément externaliste de la lecture des arènes participatives, cette intervention raisonnera en deux parties. La première montrera les contradictions entre durabilité et participation où sélection des acteurs et système expert annihilent toute capacité des arènes participatives à construire une quelconque acceptabilité sociale des politiques publiques. La seconde partie évoquera des relations plus paradoxales. Si l’on regarde les dispositifs participatifs à partir des relations qu’ils entretiennent avec les logiques ‘classiques’ des politiques publiques (contrôle des normes, logique de la représentation, contrôle politique et administratif des territoires), apparait alors un paradoxe : la durabilité sociale ou environnementale entre par la fenêtre de ce classicisme mais est relayée par les instruments participatifs.

Intervention de Cécile BlatrixRéponse de Gilles Massardier

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Charlotte Halpern[5] : « Participation et durabilité: une relation ambigüe, des effets limités »

Présentation Powerpoint [6]

L’environnement et le développement durable, au même titre que d’autres politiques transversales à l’action de l’Etat (urbain, égalité, social etc.) ont longtemps constitué un domaine privilégié pour l’introduction de dispositifs participatifs. Reposant sur une forme alternative de légitimité politique, ces dispositifs constituaient une solution politique privilégiée pour faire face l’évolution des formes de participation politique. Appréhender ces dispositifs par leurs effets, et non par leur nature ou leurs caractéristiques, constitue une opportunité de s’interroger sur la relation entre ces instruments de démocratie du publique et une amélioration de l’état de l’environnement (substance et acteurs). La communication s’appuiera sur des recherches passées et en cours sur les dispositifs participatifs introduits dans le domaine de l’environnement (infrastructures de transport et/ou déchets).

Intervention de Cécile Blatrix – Réponse de Charlotte Halpern

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Après-midi (14h – 16h30) Des acteurs, notamment associatifs, à leur rapport à la double injonction (participation et durabilité) :

Sandrine Rui[7] : « Durabilité et pluralisme. Des effets des tensions entre société civile organisée et participation institutionnalisée »

Première partieDeuxième partie

Quand D. Bourg (2013) affirme que « sans le développement durable, la démocratie participative et délibérative n’aurait pas exercé la même influence », la formule rappelle que l’institutionnalisation de la participation est particulièrement significative en la matière et s’est imposée comme une condition de la durabilité. Toutefois, ciblant de façon singulière les citoyens concernés, l’offre publique de participation est prise, comme toute institution intermédiaire, « dans une tension entre demande d’expertise de l’Etat pour connaître et gouverner la société et auto-organisation du social » (Chatriot, Lemercier, 2002, p.697). Elle s’avère de fait concurrencer la société civile organisée par l’extension du domaine du pluralisme (des acteurs, des enjeux, des évaluations) qu’elle induit. En nous intéressant aux réticences des acteurs de la société civile à l’égard des dispositifs participatifs, l’enjeu de la communication est alors d’interroger les conséquences de cette mise en concurrence sur l’appropriation du principe de développement durable. Dans quelle mesure la durabilité fait-elle les frais du pluralisme ? En sort-elle à l’inverse confortée comme principe et horizon de l’action publique contemporaine ?

Intervention de Cécile BlatrixQuestion de la salleIntervention de Jérôme BoissonadeIntervention de Benoit GranierRéponse de Sandrine Rui

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Etienne Ballan[8] Démocratie et environnement : une injonction paradoxale pour les environnementalistes ?

Première partieDeuxième partie

Le socle du rapport entre environnement et participation du public a été fondé lorsque l’écologie politique était encore faible, et la sensibilité aux enjeux environnementaux en train de se diffuser. Le principe 10 de la déclaration de Rio a ainsi fondé une alliance plus pragmatique qu’idéologique entre démocratie et environnement. On peut faire aujourd’hui le bilan de cette alliance.

D’un point de vue macro, la cause environnementale a eu besoin de la participation. Mais les logiques d’action des ONG au Grenelle et depuis montrent que ce point n’est peut-être pas essentiel dans leur combat. La démocratie a-t-elle eu besoin de l’environnement pour progresser ? Oui, sans aucun doute, et la conflictualité environnementale est encore un moteur du changement de la démocratie. On regardera à cet égard les étapes d’émergence et de mise en œuvre du principe de participation inscrit à l’article 7 de la Charte constitutionnelle de l’environnement.

Du point de vue des projets, l’alliance a produit également des effets plus forts qu’attendus. Un cercle « vertueux » est possible entre durabilité et participation dans certains cas, y compris sur des projets conflictuels. La « prime à la conflictualité » introduite par le développement des procédures de participation a fonctionné et permis l’abandon ou l’amendement très substantiel de nombreux projets.

Alors pourquoi une défiance renouvelée et la difficulté à légitimer durablement des procédures de participation en France ? On constate en effet un double mouvement des acteurs associatifs vis-à-vis des procédures de participation : leur instrumentation comme tribune pour des arguments par ailleurs inaudibles, et dans le même temps, la disqualification des instances au motif de leur incapacité à peser sur les décisions. L’hypothèse proposée ici est qu’il faut chercher les racines de cette défiance pas seulement dans les procédures, mais dans le rapport des ONG au grand public, structurellement faible en France. S’est instaurée une forme de concurrence entre le public, difficile à cerner mais source de légitimité, et les ONG, marquées par un certain complexe d’illégitimité.

Comment dépasser cette défiance qui marquerait le mouvement environnemental vis-à-vis de la participation ? Peut-on refonder une alliance contemporaine, mieux articulée aux questions démocratiques et pas seulement environnementales ? Pour cela, il convient d’identifier les déterminants internes et externes aux acteurs environnementalistes : la concurrence entre les logiques d’enrôlement des associations par l’Etat et la nouvelle conflictualité locale et nationale, la logique d’expertise demandée aux associations, le recours aux arguments de l’urgence et de la catastrophe imminente, etc. Le renouveau de la conflictualité environnementale semble repousser les acteurs vers la reproduction d’un sentiment de minorité éclairée, qui a marqué les débuts de l’écologie militante. Les débats sur les referendums nationaux et locaux sur les questions environnementales reposent crument ces questions.

Intervention de Cécile BlatrixRéponse d’Etienne BallanIntervention de la salleEchange entre Etienne Ballan et Cécile Blatrix

 

 

[1] Professeur à l’ENGEES Ecole Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environnement de Strasbourg, UMR GESTE

[2] Beierle, T. C. 1999. Using social goals to evaluate public participation in environmental decisions. Policy Studies Review 16 (3/4): 75-103

[3] Professeur de Sciences politiques, AgroParisTech / CESSP. ESS et démocratie locale

[4] Maître de conférences de science politique, membre de l’UMR 5281 ART-Dev – Cirad, Montpellier

[5] Chargée de recherche FNSP – Centre d’études européennes – UMR8239

[6] Charlotte Halpern n’a pas souhaité mettre en ligne l’enregistrement, son intervention n’ayant encore jamais fait l’objet d’une publication.

[7] Maître de conférences – Université de Bordeaux – Chercheure au Centre Emile Durkheim – Chercheure associée au Centre d’Analyse et d’Intervention sociologique – CADIS-EHESS

[8] Maître de conférences – Ecole Nationale Supérieure du Paysage, Marseille – expert pour la convention d’Aarhus, aux Nation Unies, concernant la participation du public dans les négociations internationales

 

Légitimation et politiques urbaines de développement durable

Jeudi 5 juin 2014

Responsable de la séance : Vincent Béal

Les enregistrements audio sont disponibles en lien à partir du programme çi-dessous

Matinée : 10h30 – 13h

Introduction générale : Vincent Béal (SAGE – Univ. Strasbourg), « Développement durable et politiques urbaines : une entrée par les processus de légitimation »

Discutant :

Gilles Pinson (Centre Emile Durkheim – Sciences-Po Bordeaux)

 Après-midi : 14h – 16h30

Discutant :

 Renaud Epstein (DCS – Université de Nantes)

Annonce en PDF

L’objectif de cette séance est d’appréhender le rôle du développement durable dans les processus de légitimation des politiques urbaines. Dans les travaux de politiques urbaines et plus généralement dans ceux de science politique, la question de l’acceptabilité sociale n’a pas fait l’objet d’un traitement poussé. Si l’on peut trouver des traces de cette notion dans les travaux sur le risque ou sur la participation, l’acceptabilité sociale semble davantage considérée comme une catégorie construite par les commanditaires de la recherche que par les chercheurs eux-mêmes. Pourtant, cette notion renvoie à plusieurs questionnements classiques qui alimentent la sociologie de l’action publique : légitimation, politisation/dépolitisation, consensus, etc. L’objectif de cette journée est de discuter la transformation de ces dynamiques dans les politiques urbaines de développement durable.  Plusieurs questions sont abordées : comment rendre le développement durable gouvernable ? Quel rôle joue cette notion dans la gouvernance des villes ? Quelles ressources en termes de légitimation produit-elle ? Quels sont les acteurs, les régimes et les modes de régulation à l’œuvre ? Comment s’opère la gestion des conflits autour de ces politiques urbaines ? Si notre intérêt porte sur les modalités de construction de l’acceptabilité des politiques de développement durable, la problématique centrale de cette journée est de comprendre en quoi ces politiques – ou plus généralement la référence au développement durable – constituent des outils centraux dans la gouvernance des villes et dans les processus de légitimation des politiques urbaines.

Sélection de sites Internet spécialisés

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ARCADIA

Le « Environment & Society Portal » – ou Arcadia – est un projet qui cherche à rendre libre d’accès les multimédia et matériaux interprétatifs digitaux des humanités environnementales. Le Portail cherche à cultiver l’esprit de découverte qui caractérise la recherche, autorisant les utilisateurs à trouver – même dans un environnement digital – des résultats inattendus. A cette fin, trois outils de navigation (map viewer, timeline, keyword explorer) permettent la découverte des collections du Portail.

Bibliothèque Nationale de France (portail Développement durable)

Le portail de la Bibliothèque nationale de France sur le développement durable propose des informations et des ressources pour accompagner vos réflexions sur le développement durable. Le développement durable est abordé ici dans sa dimension interdisciplinaire, sous l’angle économique, politique, environnemental et social. Ce portail est complété par le Centre de ressources et d’information sur le développement durable est situé dans la BNF, à l’entrée de la salle C, le centre offre 12 places assises, près de 2500 ouvrages en libre-accès, une vingtaine de revues spécialisées et des documents audiovisuels.

Développement durable & territoires

Développement Durable et Territoires est une revue scientifique, fondée en 2002, qui développe une approche interdisciplinaire (économie, science politique, géographie, droit, sociologie, ethnologie) du développement durable à l’échelle du territoire. En proposant une conception élargie de la notion d’environnement, la revue entend contribuer à la réflexion sur les formes et les finalités des logiques du développement dans nos sociétés contemporaines

Dictionnaire de la participation

Plus de 150 auteurs sont mobilisés pour ce premier Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation. Presque toutes les disciplines des sciences sociales sont ainsi représentées : la sociologie, l’anthropologie, la science politique, la géographie, la philosophie politique, l’urbanisme et l’aménagement, l’histoire, l’architecture, etc. De la même façon, la diversité de l’origine géographique, de l’appartenance générationnelle et du rattachement institutionnel et professionnel des auteurs représente une source de pluralité d’approches, de styles et de points de vue dont bénéficie le Dictionnaire.

Environment & Technology

Du maintien de la diversité génétique à la gestion des déchets radioactifs, des toxines dans les sols au changement climatique dans l’atmosphère, les plus grands défis du XXIe siècle impliquent les relations entre la société et l’environnement dont elle dépend. Réunissant des sociologues qui étudient la société, l’environnement et la technologie, Environment & Technology cherche à expliciter les problèmes environnementaux tout en y apportant des solutions.

Environmental Humanities Now

Environmental Humanities Now cherche à identifier, évaluer et diffuser les savoirs du champ émergent que sont les humanités environnementales. La plate-forme relaie les travaux et actualités de la communautés des humanités environnementales à travers les différentes disciplines et les divers pays par le biais d’un processus d’agrégation, de découverte et de veille.

Environmental Humanities.Org

Environmental Humanities est un journal libre-accès qui cherche à promouvoir la recherche interdisciplinaire sur l’environnement. En réponse à un intérêt international croissant pour les questions relatives aux changements environnementaux et sociaux, le journal publie des travaux qui amènent les sciences de la nature et les sciences humaines à partager et confronter leurs points de vue.

Environmental politics

Publiée depuis 1992, Environmental Politics est l’une des références anglo-saxonnes majeures du champ de la science politique environnementale. A titre d’exemple, en 2013, les numéros thématiques de la revue ont envisagé successivement les politiques environnementales du XXIe siècle (1), le changement climatique et ses éthiques (3), la sécurité énergétique et le changement environnementale (4), les mobilisations environnementales des partis, ONG et groupes sociaux.

Global Environmental Politics

Global Environmental Politics examine les relations, à l’échelle mondiale, entre les pouvoirs politiques et le changement environnemental. La revue s’intéresse tout particulièrement au rôle des interactions locales-globales dansla gestion environnementale, ainsi qu’au rôle du changement environnemental dans les politiques mondiales. Les contributions au journal viennent de multiples disciplines, telles la science politique, les relations internationales, la sociologie, l’histoire, le droit, etc.

GSPR

Le Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive (GSPR), unité propre (30442) de l’EHESS, est né de la convergence, à la fin des années 1990, de deux séries de travaux : des travaux de sociologie pragmatique portant sur des affaires, des controverses ou des crises et des recherches informatiques explorant de nouvelles technologies d’analyse pour les sciences humaines. Dirigé depuis sa création par Francis Chateauraynaud, directeur d’études*, le GSPR développe des travaux, aujourd’hui largement reconnus dans sept domaines constamment mis en relation :
• la sociologie des alertes et des risques ;
• la sociologie des controverses et des débats publics ;
• l’analyse informatisée de corpus ;
• la sociologie de l’expertise ;
• les modes de scénarisation du futur ;
• la sociologie des nouvelles formes de pouvoir et d’emprise ;
• les formes de mobilisation à l’échelle internationale.

Les humanités environnementales

Les humanités environnementales désignent un ensemble de disciplines dont l’origine tient aux enjeux environnementaux et climatiques des dernières décennies. Le degré d’impact environnemental de l’activité humaine – qui nous ferait aujourd’hui basculer selon certains dans l’« anthropocène » – accéléra un processus né au cours des années soixante-dix, lequel postule que les êtres non humains méritent non seulement une histoire commune aux êtres humains, mais aussi leur propre récit. Au lieu d’envisager une nature physique associée à une culture humaine distincte, les humanités environnementales fondent leur approche sur les ontologies interconnectées, à savoir un ensemble de réseaux associant les êtres humains et non humains.

International Environmental Agreements

International Environmental Agreements: Politics, Law and Economics est une revue multi-disciplinaire qui se concentre sur les dimensions théoriques, méthodologiques et pratiques des solutions coopératives des problématiques environnementales internationales. Particulièrement reconnue dans le domaine de la science politique environnementale, la revue explore tout à la fois les accords légaux formels tels que les traités multilatéraux, et les les mécanismes coopératifs moins formels tels que les déclarations ministérielles et les accords producteurs-consommateurs.

Journal of Political Ecology

Lancé en 1994, le Journal of Political Ecology est l’un des plus anciens dans le domaine de l’écologie politique. Publiant aujourd’hui en anglais, en français et en espagnol, il encourage les recherches qui lient l’économie politique et les impacts humain environnementaux dans différents espaces, mais aussi et surtout dans diverses disciplines.

LIED-PIERI

Le Laboratoire Interdisciplinaire des Energies de Demain (LIED) et son réseau international PIERI (Paris Interdisciplinary Energy Research Institute) ont été conçus dans le contexte de la croissance continue des besoins énergétiques mondiaux, couplée aux problèmes environnementaux, englobant la question climatique. Sa singularité est de fédérer des membres des secteurs Sciences et Sciences Humaines et Sociales, qu’ils soient universitaires ou venant d’entreprises.

Le courrier de l’environnement

La Mission d’anticipation Recherche/Société & Développement durable (MaR/S) est une petite équipe diversifiée, dépendant directement de la direction générale de l’INRA, et autonome dans ses choix de travail, produisant le Courrier de l’Environnement de l’INRA (15 000 destinataires) et diverses productions « soeurs » ponctuelles (Dossiers de l’Enrvironnement de l’INRA par exemple). Le périmètre des compétences des différentes structures qui ont précédé la MaR/S, situé en amont de la recherche stricto sensu, a évolué mais l’utilité d’un « service de contre-pied », pour irritant qu’il soit parfois ressenti à l’INRA, ne s’est pas démenti depuis 20 ans.

Natures Sciences Sociétés

La revue accueille les travaux traitant des interactions entre les sociétés et leur environnement. Les connaissances scientifiques se développent aujourd’hui très rapidement. Leurs applications se multiplient, puisent de plus en plus dans les ressources naturelles, vont de plus en plus loin dans l’artificialisation de la nature, ce qui pose la question de la durabilité des sociétés. Comprendre les relations que les êtres vivants entretiennent avec leurs milieux, c’est tenter de répondre à ces interrogations, génératrices d’incertitudes et même d’inquiétudes.

Organization & Environment

Envisageant la connection entre la gestion des organisations et de l’environnement, Organization & Environment (OAE) publie des recherches sur les dimensions complexes et pertinentes de la durabilité – incluant l’équilibre approprié entre et parmi les défis sociaux, naturels et économiques. Cette recherche fournit une ressource cruciale pour la formulation, l’application et l’évaluation de politiques et d’organisations impliquées dans la gestion de l’environnement.

PERG

Le Political Ecology Research Group (PERG) de l’Université de Californie, Berkeley, promeut les approches interdisciplinaires dans l’analyse critique des problématiques environnementales. Le Groupe cherche tout particulièrement à dépasser la division urbain-rural afin d’aboutir à une nouvelle synthèse relative à la construction et à l’interaction du rural et de l’urbain, du local et du global, de l’humain et du non-humain.

PMO

Pièces et Main d’Oeuvre, atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, agit depuis l’automne 2000 de diverses manières : enquêtes, manifestations, réunions, livres, tracts, affiches, brochures, interventions médiatiques et sur Internet, etc.
Pièces et Main d’Oeuvre n’est pas l’enseigne d’un collectif, mais d’individus politiques. Refusant la bien-pensance grégaire, qui n’accorde de valeur qu’à une parole réputée « collective », pour mieux la réduire au conformisme, à la paresse et à l’incapacité, dans l’anonymat du groupe, ils souhaitent s’allier chaque fois que possible et nécessaire avec d’autres « qui fassent  » par eux-mêmes.

Political Ecology

Ce site est dédié aux chercheurs, enseignants et étudiants qui s’intéressent à la Political Ecology, approche des mouvements sociaux à propos de la Nature qui s’est développée principalement aux Etats-Unis. Il est constitué de deux parties : une partie internet qui a vocation à donner des informations de base sur cette approche et sur les activités de notre réseau ; une partie extranet qui a vocation à échanger des informations entre ses membres.

Pollution atmosphérique

Depuis 1958, la revue « Pollution atmosphérique, climat, santé, société » a contribué à l’élargissement des connaissances scientifiques sur la qualité de l’air, ses conséquences sur le changement climatique, ses effets sur la santé et sa prise en compte par la société. Numérisée depuis 1992, plus de 1000 articles sont ainsi disponibles en ligne….La revue, classée de rang A par l’AERES, est dotée d’un Comité de rédaction et d’un Conseil scientifique. Les articles sont publiés en français ou en anglais avec un résumé, des mots-clés et les légendes des figures disponibles dans les deux langues.

Reporterre

En 1989, Reporterre avait été le premier magazine sur l’écologie à paraître depuis La Gueule Ouverte et Le Sauvage, dans les années 1970. Sa parution témoignait du réveil de l’écologie en France. Lancé par une équipe animée par Hervé Kempf, il vendait en moyenne 26 000 exemplaires par mois et a compté 4 400 abonnés payants. Mais l’insuffisance de ses moyens financiers l’a obligé à s’interrompre. En 2006, Reporterre est relancé sur internet, afin d’informer sur les liens entre la crise écologique, les injustices sociales et les menaces sur les libertés. D’abord très modeste, le site a grandi doucement, en commençant à publier des enquêtes ou des entretiens exclusifs.

Revue d’ethnoécologie

La revue publie des articles scientifiques et des communications dans le domaine général de l’ethnoécologie, c’est-à-dire les relations entre les sociétés humaines et leur environnement naturel, dans des perspectives historiques, interculturelles, géographiques et comparatives. Par environnement naturel, la revue entend les autres espèces vivantes, animales et végétales, les écosystèmes, leur transformation, leur gestion ou leur préservation.

Revue Écologie & Politique

La revue se veut un forum pour défendre et promouvoir les projets d’alternatives sociales et politiques fondées sur l’appartenance des humains à la nature et non sur leur opposition. Elle se propose de débattre librement des valeurs de l’écologie et du socialisme, du féminisme, du pacifisme, de l’antiracisme, de la citoyenneté intégrale pour toutes et tous. Indépendante de toute organisation et de toute institution, Écologie & Politique entend être le lieu où peuvent débattre des hommes et des femmes libres de toute allégeance à un parti ou à un dogme, sans exclusive aucune.

SER (RT 38 AFS)

La visée de ce carnet est de centraliser les informations concernant la vie et les activités du réseau thématique n°38, de participer à la visibilité de la sociologie de l’environnement au sein du champ des sciences sociales et auprès d’un public plus large, de partager des questions de recherche, des hypothèses et des points méthodologiques et, enfin, de créer un espace de débats et de ressources (comptes-rendus de lecture, bibliographie…).

SGEP

Etabli comme le « Green Politics Standing Group » par Dick Richardson et rebaptisé en 2012 « Standing Group on Environmental Politics », le SGEP cherche à servir de nœud de réseau pour les spécialistes des politiques environnementales, à faciliter le dialogue entre les chercheurs travaillant sur la politique environnementale, en particulier dans les pays européens, et à promouvoir l’étude des politiques environnementale dans la communauté de la science politique.

Society & Natural Resources

La revue publie des travaux en sciences sociales relatifs aux processus bio-physiques, aux politiques et aux pratiques qui se déroulent dans le monde et à des échelles variées. Elle envisage les perspectives culturelles, psychologiques, économiques et politiques afférentes aux forêts, océans, sols et eaux, et appréhende une variété de sujets tels que les populations et aires protégées, globalisation et capitalisme, justice environnementale, résilience communautaire, changement climatique, etc.

VertigO

Fondée en 2000, VertigO est une revue scientifique interdisciplinaire de sciences naturelles et de sciences humaines dont les articles sont soumis aux règles usuelles d’évaluation par un comité de pairs. Elle assure la promotion et la diffusion au sein de la francophonie de recherches et d’analyses scientifiques sur les grands problèmes environnementaux contemporains. En moins de 8 ans, elle a réussi à s’imposer au plan international comme étant la première revue électronique francophone en importance dans le domaine des sciences de l’environnement.

Zilsel

L’ambition centrale du carnet de recherche Zilsel est de rendre compte des façons de concevoir les sciences, les savoirs et les techniques d’un point de vue qui emprunte à la fois à l’histoire, à la sociologie, à l’anthropologie et à la philosophie. Il s’agit, à travers ce prisme clairement interdisciplinaire, de faire droit aux analyses que les sciences humaines et sociales et la philosophie peuvent produire sur les connaissances savantes, leurs moyens de production et les conditions de leur mise en circulation dans l’espace social. Les participants au carnet Zilsel portent une grande attention aux objets nouveaux qui peuvent émerger en sociologie, en histoire, en anthropologie et en philosophie des sciences et des techniques. De même, ils restent soucieux d’une inscription dans l’historiographie longue des champs d’objets dans lesquels ils viennent à opérer : loin des zeitgeist parfois tapageurs ou des modes dans les « études des sciences » (science studies), souvent sans lendemain, ils mettent en lumière les strates successives de questionnements sur les savoirs.

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Merci à Guillaume Blanc, du site Humanités environnementales, pour sa grande contribution à cette page.