Atelier HABITER LA TRANSITION

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Habiter la « transition »
Des pratiques existantes aux politiques de transition :
circulations et ambiguïtés

J. Boissonade, G. Lacroix, S. Nemoz, E. Peyroux, F. Valegeas, D. Theile

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Cet atelier se donne pour objet d’étude la « transition ». Nous souhaitons analyser la rhétorique qui l’entoure et les pratiques qui y sont associées en confrontant ce mot d’ordre aux expériences des acteurs et des populations, notamment celles liées à l’habiter au sens large. Cette mise à l’épreuve par l’habiter pourra se déployer sur de nombreux terrains, y compris dans une perspective comparée à l’échelle européenne et au-delà (en incluant notamment des villes du Sud).
La rhétorique de la « transition » circule au sein de différents milieux qui, habituellement, s’inspirent d’appuis plus antinomiques. On la retrouve en effet dans les discours militants, institutionnels, professionnels, politiques, scientifiques, etc. Pour l’essentiel, ces acteurs conservent des difficultés à repenser les modes de production et de consommation, l’accélération des dégradations portées à l’environnement, le renforcement des inégalités ou les injustices environnementales, mais ils sont surtout confrontés à des difficultés pratiques lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre concrètement la « transition ». Par exemple, lorsqu’un jardin partagé est mis en place par une municipalité et ne trouve pas son public[1], ou lorsqu’une association coopérative militante tente de surmonter par ses initiatives l’entre-soi qui la menace[2]. Dans quelle mesure ces difficultés pratiques auxquelles sont confrontées les démarches de « transition », peuvent-elles nous permettre de mettre à l’épreuve cette notion ? Ce questionnement vient à la suite de la réflexion menée par l’atelier précédent, intitulé “Développement durable et acceptabilité sociale”. La notion de « transition » et surtout ses usages, soulèvent de nombreux problèmes. Ceux-ci avaient été mis en évidence lors de cet atelier qui a duré quatre ans et rappelés dans les deux numéros de la revue Vertigo consacrés à l’acceptabilité sociale[3]. Par exemple, les expérimentations menées au nom de la transition énergétique mêlant usagers, habitants, industries, experts et pouvoirs publics se sont multipliées ces dernières années. Souvent d’inspiration plus ou moins behavioriste, l’approche dominante induit l’existence de deux entités : les usagers d’un côté et les objets techniques, ainsi que les techniciens, de l’autre. L’enjeu, dans cette optique, consiste ici à envisager une acculturation mutuelle permettant la réussite de la relation. On peut néanmoins considérer qu’une telle démarche fait l’impasse sur l’existence des « milieux » constitués entre autres par ces assemblages à la fois humains et non humains[4].
Ce nouvel atelier doit tout d’abord faire le point quant au travail scientifique mené sur la « transition » : nous établirons dans ce but une cartographie des différentes conceptions qui sont en circulation, puis nous essaierons de repérer les acteurs qui s’approprient ou sont liés à ces conceptions et enfin, nous tenterons de suivre les processus qui traversent les situations et les milieux concernés. Nous aborderons ensuite la question centrale du sacrifice et des inégalités face à ce sacrifice (groupes sociaux vulnérables, petites entreprises, territoires défavorisés, etc.), puis celle des collectifs susceptibles d’être mobilisés ou sommés de le faire par les injonctions à la « transition » auxquels ils sont soumis, et enfin, du type de capacités d’agir que cela produit (répertoire d’action collective, etc.) et des obstacles ou difficultés que les différents acteurs rencontrent. Bref, nous souhaitons croiser à l’occasion de cet atelier les enjeux de connaissance et les enjeux politiques liés à la « transition », par le biais des pratiques de l’habiter et des moyens de les connaître.

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Spoiler

  1. Mettre la « transition » à l’épreuve des pratiques et de l’habiter

Dans quelle mesure les difficultés pratiques auxquelles sont confrontées les démarches de « transition », peuvent-elles nous permettre de mettre à l’épreuve cette notion ?
Nous nous attacherons tout d’abord à l’analyse de cette rhétorique entendue comme l’art de s’exprimer et de persuader [5]. Comment le langage et les discours participent-ils de la construction d’une vérité, d’une capacité à persuader (ou à séduire), à convaincre ? On pourra notamment s’interroger sur la manière dont cette rhétorique de la transition s’articule avec celle du développement durable. Vingt ans après avoir proclamé la notion de durabilité au Sommet de la Terre (Rio, 1992), l’idée de « transition » a ainsi été exprimée à plusieurs reprises dans le texte à la base des négociations tenues au Sommet de Rio+20 en juin 2012[6].
Cependant, l’atelier cherche à mettre à l’épreuve cette rhétorique par les expériences de « l’habiter », entendu comme l’art de « faire avec de l’espace »[7] (Stock, 2012). Cette proposition de définition assez « souple », nous permet en effet, d’intégrer les approches consacrées au « logement », comme les approches heideggériennes et les multiples théories de l’habiter ou de l’espace vécu. Si ce choix semble mettre de côté la définition de l’habiter issue des sciences de l’écologie qui s’intéresse explicitement à l’habitat des non-humains, il s’agit pour nous, y compris lorsque nous nous intéresserons aux non-humains, par exemple dans leurs relations avec les pratiques et les représentations humaines, d’orienter les réflexions de l’atelier vers la première définition de l’« habiter ». Habiter peut se définir en effet, par des fonctions diverses qu’un lieu autorise précisément parce qu’il permet de parer la pluie, le vent, le soleil, les attaques, les regards, etc. Mais habiter se définit aussi comme un processus mettant en jeu des pratiques et des représentations spatialisées, quand bien même l’espace sur lesquelles elles se déroulent ne serait pas fixe. Dès lors, habiter la « transition » peut se dire de territoires de la « transition » impliquant l’habiter (les écoquartiers, les copropriétés, les espaces publics, communs, les aires d’implantation d’éoliennes, etc.), mais également de processus, pas nécessairement territorialisés, de « transition » impliquant une ou plusieurs pratiques et représentations inhérentes à l’habiter (pratiques alimentaires, de mobilité, etc.).
La notion de « transition », connotée positivement, est utilisée à de multiples occasions. Par exemple, le règlement européen REACH, notamment applicable à tous les produits d’entretien ménager stockés dans les habitations, conditionnant la qualité de l’air intérieur, indique par exemple, qu’il “convient que les dispositions du présent règlement entre en vigueur par étapes afin d’assurer une transition harmonieuse vers le nouveau système[8]. De même, la transition écologique vise à rendre progressif le passage à une société post-carbone par des avancées mesurées à l’aide d’indicateurs qui ne se limitent pas au domaine énergétique ou aux émissions GES. Par exemple, si l’on considère les évolutions réelles des mix énergétiques, celui de la Suède, souvent cité en exemple, est le fruit d’une évolution sur 40 ans. Cette définition générique de la « transition » ne fait pas cependant l’unanimité. Si pour certains, elle est considérée comme une réponse à la crainte d’un basculement lié essentiellement au pic pétrolier, pour d’autres ce basculement reste improbable et ne doit pas constituer la justification exclusive de la « transition ». Pour d’autres enfin, la « transition », étroitement associée à la notion d’adaptation, représente non pas un mouvement vers une alternative aux modes de production et de consommation actuels mais l’extension d’une logique de marché permettant au capitalisme d’investir de nouveaux secteurs, les acteurs privés se substituant aux Etats au nom des principes d’innovation et de flexibilité : développer la résilience devient alors le moyen de ne pas changer de modèle[9].
Invoquer un basculement pour justifier de la nécessité d’une « transition » permet de comprendre l’importance que prend aujourd’hui la notion de résilience, qui consiste, pour un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération, à perdurer en dépit des chocs, crises ou perturbations, à s’adapter pour accompagner des transformations globales ou encore à se transformer et à changer de trajectoires de développement, autant d’acceptations révélant la grande polysémie du terme de résilience et son usage parfois contradictoire dans de nombreux discours. Ainsi, cet impératif de résilience ne semble pas toujours suffisant pour remettre en cause les politiques énergétiques et lancer une démarche de « transition ». Le Japon a par exemple, été victime d’un accident nucléaire majeur, ce qui n’a apparemment pas remis en question le mix énergétique en vigueur, puisque la volonté actuelle est de relancer la production nucléaire pour réduire une dépendance accrue aux hydrocarbures, qui était déjà très forte avant l’accident.
La question de la « transition » peut donc se poser comme un choix de société, délié au moins en partie de cette perspective du basculement, cependant, aller au-delà d’une définition très générique est difficile, au moins pour deux raisons :

    • Premièrement, la « transition» est une notion qui ne prend un sens suffisamment précis que lorsqu’elle est complétée par un autre terme qui permet de saisir de quoi l’on parle (écologique, énergétique, etc.).
    • Deuxièmement, cette notion est si peu stabilisée que c’est essentiellement la qualité de l’énonciateur (Ministère, association, habitant, entreprise, etc.) qui permet d’identifier les contours, voire d’imaginer en situation ce qui est en jeu derrière ce terme.

Cependant, comme la notion d’acceptabilité, celle de « transition » présuppose que ce sur quoi elle s’applique la rend nécessaire et légitime (le pic pétrolier et l’épuisement des ressources[10], les (biens) communs, le réchauffement climatique, la santé, la pression anthropique, la disparition des espèces, la croissance démographique, etc.) : “La situation (…) nous impose dès à présent un processus de transition écologique. (…) Dès lors, la transition écologique peut devenir un chemin de progrès collectivement désirable[11]. L’impératif transitionnel[12] s’appuie ainsi sur la perspective séduisante d’un devenir commun, pourtant peu défini et que l’on peut imaginer relativement hétérogène selon les acteurs, les contextes, les temporalités, etc. Ces perspectives de transitions ne sont donc pas exemptes de contradictions, de décalages, de phénomènes de concurrence ou d’opposition.
Au final, cette notion devrait moins provoquer l’embarras[13] que celle d’acceptabilité, notamment en raison de la popularité du Mouvement des Villes en Transition[14] parmi les chercheurs et des idées qu’il porte au sein du grand public[15]. Si nous avons choisi de réinterroger son évidence, c’est essentiellement en raison de son usage rhétorique de plus en plus élargi, permettant indistinctement de porter des démarches qui reposent sur la “sobriété” ou l’“efficacité”, portées par des acteurs aux stratégies et moyens très divers.. De même, nous aurions pu défendre un autre terme, susceptible de le concurrencer, comme cela a été fait par d’autres entre durabilité et soutenabilité, afin de défendre une autre idée de la « transition ». Toutefois, plutôt que de choisir un autre terme, au risque de retomber dans les mêmes ornières que le précédent, il nous a semblé préférable d’interroger les pratiques, et notamment celles liées à l’habiter, qui doivent faire avec ce manifeste, cette perspective, cet espoir, cette injonction, etc. Bref, la mettent à l’épreuve[16].

  1. Cartographier les conceptions, repérer les acteurs, discerner les motifs et mettre en évidence les processus

Pour bien comprendre les différents sens de la « transition », il faudra revenir sur la généalogie de cette notion, sa naissance, son déploiement, ses usages, ses appropriations, ses circulations, ses rhétoriques, ses représentations et imaginaires. En effet, plusieurs points d’entrée thématiques, théoriques et conceptuels peuvent être identifiés (les débats autour du développement durable, du changement climatique, de la décroissance, de la transition énergétique, de l’économie post-carbone, de la relocalisation, de la résilience…). Ceux-ci peuvent aussi varier selon que la « transition » soit pensée de manière sectorielle, trans-sectorielle ou envisagée à l’échelle nationale, locale ou urbaine. Enfin, les compréhensions et les usages de la « transition » sont également conditionnés par les types d’acteurs qui s’en saisissent. On peut notamment distinguer les politiques qui partent du haut (de l’échelle internationale et européenne à celle des acteurs publics locaux), des pratiques citoyennes (le mouvement des « Villes en Transition ») ou même des acteurs de l’économie sociale et solidaire, voire de l’économie collaborative (vue comme outil de la « transition »). Enfin, la notion de « transition » fait également l’objet de théorisations différentes dans le milieu scientifique, avec notamment la structuration d’un champ autour des transition studies (y compris l’apparition récente des « sustainability transition studies ») issues de la littérature socio-écologique et socio-technique[17].
Il s’agira donc pour le présent atelier, de prolonger cette réflexion sur les motifs de la « transition », de cartographier les conceptions qui sont à l’œuvre, de repérer les acteurs liés à ces conceptions, et mettre en évidence les processus qui traversent les situations.

  1. Travail scientifique sur la notion de « transition»

Dans la lignée du rapport Brundtland, qui souhaitait favoriser “la transition vers un développement durable”[18], le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer considère que “lorsque l’on parle de développement durable et de transition écologique, il y a convergence. L’objectif de la transition écologique est de permettre le développement durable/soutenable. (…) Il faut passer par une transition pour refonder nos modèles et aboutir à un développement durable[19]. Le premier alinéa de l’article 1 de la “loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte” commence ainsi : “La politique énergétique : « 1° Favorise l’émergence d’une économie compétitive et riche en emplois grâce à la mobilisation de toutes les filières industrielles, notamment celles de la croissance verte »”[20].
De son côté, le Mouvement de la transition est défini “comme un mouvement fondamentalement optimiste et constructif qui suggère que face aux chocs globaux annoncés (climatiques, énergétiques et économiques), les communautés locales reconstruisent en urgence leur résilience locale. Pour cela elles doivent prioritairement relocaliser une part de leur production alimentaire et énergétique[21].
Le caractère volontariste et prescriptif des deux approches sous-entend qu’une démarche uniforme est en cours, ce qui n’est manifestement pas le cas[22]. Comment dès lors aborder dans un même atelier des démarches qui revendiquent d’aller ensemble vers un nouveau modèle de société plus vertueux, et qui sur le fond et la forme, divergent fortement ? Nous faisons l’hypothèse d’une part, que ces démarches mettent en jeu des ressorts que l’on peut se risquer à rapprocher, et d’autre part, que les pratiques qui traversent ces démarches sont un moyen essentiel de les mettre à l’épreuve.
Comme nous l’avions fait avec les expressions « développement durable » et « acceptabilité sociale », le parti pris de cet atelier est d’analyser les démarches de « transition » qui circulent tant dans les milieux techniques et politiques que dans les mouvements sociaux ou parmi les citadins et ruraux. Nous souhaitons faire ce travail essentiellement en nous appuyant sur les pratiques des acteurs, quels qu’ils soient, lorsqu’ils s’attachent, bien souvent de façon non littérale (devenir écoresponsable, écocitoyen, consommer bio, rénover, trier, etc.), à définir ce qu’habiter en « transition » veut dire : mettre en œuvre des dispositifs destinés à assurer la viabilité d’une « transition » et d’une résilience pour tel quartier ou territoire ; transformer des modes de vie consuméristes au sein du ménage, etc.

  1. Pratiques de l’habiter et injonctions à la « transition» : enjeux et capacités d’action

Il s’agit donc de questionner les trajectoires, les représentations et les pratiques de l’habiter au sens large, dans divers espaces de l’habiter, ruraux comme urbains, où se manifestent ou pas des revendications de la « transition », mais aussi de prendre la mesure de ce qu’exige des habitants et des citadins (individuellement et collectivement) une démarche de « transition ». Des exigences qui peuvent être contradictoires (rapport communauté-société, etc.). En effet, “ce n’est pas seulement le système qu’il faut changer, mais aussi nous-mêmes[23]. Imaginer changer son mode de vie et de pensée pour consentir à un sacrifice “dans une société qui est tout sauf sacrificielle[24] est nécessairement un processus long et douloureux, pour les individus, comme pour les groupes, mais les résistances à la « transition » ne viennent-elles pas surtout du fait que cette demande de sacrifice renforce les inégalités ?
Les mouvements constitués se revendiquant de la « transition » visent à produire des alternatives au cours des choses qui menace notre avenir commun. D’autres démarches, dispositifs, entreprises, campagnes de communication, décrets, etc. portant ce mot d’ordre de « transition » rencontrent aussi des difficultés pour transformer les pratiques, mais embrayent plus facilement sur les situations, acteurs et rapports de forces existants. Est-ce en raison du caractère limité, règlementaire ou euphémisé de leurs ambitions ? Ou au contraire, sont-ce les formes de la vie quotidienne, celles de l’habiter, qui freinent la réception des démarches de « transition » ? Qu’ont à nous dire ces blocages sur le sens qu’il faut donner à ces démarches ?
L’atelier va tenter de réinterroger la notion de « transition », ses usages et les différents enjeux et contradictions qui les traversent, notamment par les pratiques de l’habiter. Quelles sont les temporalités des politiques et des pratiques de « transition » ? Par qui sont-elles menées ? Dans quelle mesure celles-ci sont-elles congruentes entre elles, avec les pratiques existantes, la vie urbaine, périphérique, rurale ? Les pratiques de « transition » sont-elles de même nature selon la taille du bourg ou de la ville concernés, du degré d’intégration de ces villes dans des réseaux urbains plus globaux ? Que signifie vivre au quotidien une démarche de « transition », ou même l’envisager ? Comment fabriquer des espaces de l’habiter en menant ce travail sur les pratiques ? Dans quelle mesure les « écoquartiers » renouvellent-ils les relations pratiques à la « transition » ? Bref, les points à soulever dans cet atelier, et ce qu’ils nous disent du commun, ne manquent pas au moment où la rhétorique de la « transition » s’installe dans le fauteuil recyclé du développement durable.

[1] Zomer M. (2015), Cultiver les cités. Genèse d’une politique publique ? Etude du développement des jardins en pied d’immeubles en Seine-Saint-Denis, Mémoire de recherche, Sciences Po Lille, Master Affaires Publiques et Gestion des Biens Communs, Majeure Métiers de l’Action Publique.
[2] Par exemple, le supermarché coopératif La Louve qui va ouvrir dans le 18ème arrondissement de Paris a mis en place une modulation des tarifs d’adhésion et mené des actions publiques, pour conduire des habitants du quartier non militants ou non sensibilisés à rejoindre l’association et à participer au fonctionnement coopératif du supermarché, mais aussi permettre l’accès du supermarché aux migrants.
[3] Boissonade J., Barbier R., Fortin M-J., Bauler T. et Raufflet E., Fournis Y., Mettre à l’épreuve l’acceptabilité sociale, revue [VertigO], première partie, (2015) http://vertigo.revues.org/16679, deuxième partie (2016), http://vertigo.revues.org/16912
[4]
Simondon G. (2012), Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, 2012.
[5] Jean-Jacques Robrieux, Eléments de rhétorique et d’argumentation, Paris, Dunod, 1993.
[6] Source : http://www.uncsd2012.org
[7] Stock M., « « Faire avec de l’espace ». Pour une approche de l’habiter par les pratiques », dans O. Lazzarotti, Habiter. Vers un nouveau concept ?, Paris, Armand Colin, pp. 59-78, 2012
[8] Point 127 du règlement REACH (CE n° 1907/2006)
[9] Felli R., La grande adaptation. Climat, capitalisme et catastrophisme. Paris, Le Seuil, coll. Anthropocène, 2016.
[10] Christian de Perthuis, « Économie circulaire et transition écologique », Annales des Mines – Responsabilité et environnement 2014/4 (N° 76), p. 23-27.
[11] Grandjean A. et Le Teno H., article « Transition », in Dictionnaire de la pensée écologique, Bourg D. et Papaux A. (dir.), 2015, p.1008
[12] Référence à “l’impératif délibératif” de Blondiaux L. et Sintomer Y. (2002, « L’impératif délibératif », Politix, vol. 15, n°57, pp.17-35).
[13] Remi Barbier et Alain Nadaï, « Acceptabilité sociale : partager l’embarras », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 15 Numéro 3 | décembre 2015, mis en ligne le 28 décembre 2015, consulté le 21 octobre 2016. URL : http://vertigo.revues.org/16686 ; DOI : 10.4000/vertigo.16686
[14] Le mouvement des villes en transition est né en 2005 à Kinsale, en Irlande, à l’initiative de Rob Hopkins de l’Université de Kinsale.
[15] Référence directe au succès du film « Demain », réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent (2015) https://www.demain-lefilm.com/
[16]
Boissonade J., Barbier R., Bauler T., Fortin M-J., Fournis Y., Lemarchand F. et Raufflet E., « Mettre à l’épreuve l’acceptabilité sociale », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 16 Numéro 1 | mai 2016, mis en ligne le 09 mai 2016, consulté le 07 juin 2016. URL : http://vertigo.revues.org/17163
[17]
Markard J., Ravevn B. et Truffer B., Sustainability transitions : An emerging field of research and its prospects ; Research Policy, Volume 41, n°6, 2012, pp. 955-967. Frantzeskaki N., Loorbach D. et Meadowcroft J., Governing societal transitions to sustainability, International Journal of Sustainable Development, Volume 15, N°1/2, 2012, pp. 19-36.
[18] Partie I (chap.6) consacré aux pays en développement et partie II (introduction, chap.1.2) consacrés aux institutions.
[19] MEEM (2015), « La transition écologique », 19 février 2014 (mis à jour le 25 juin 2015) – Développement durable, URL : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Qu-est-ce-que-la-transition.html
[20] LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=31A58930DCB434F84E26E4C500DA7F01.tpdila16v_1?cidTexte=JORFTEXT000031044385&categorieLien=id)
[21] L. Semal, « Politiques locales de décroissance », in A. Sinaï (dir.), Penser la décroissance. Politiques de l’Anthropocène, Les Presses de Sciences Po, Paris, 2013.
[22] Comme l’a par exemple montré le colloque « Approches critiques de la « transition énergétique » dans les sciences humaines et sociales » qui s’est tenu en juin 2016 à Strasbourg
[23] Id.
[24] Sylvain Lavelle, « Transition écologique : quelle révolution ? », Revue Projet 2015/6, (N° 349), p. 6-13.

Prochaines séances

Cinquième journée de l’atelier 

Cycle Écologie des pratiques et place des collectifs

Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189)
Département de Sociologie – UFR Sciences du Langage de l’Homme et de la Société (SLHS) Université de Franche-Comté

Jeudi 12 octobre 2017 (10h-17h00)

Besançon
Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement
1 rue Charles Nodier
Salle Claude Nicolas Ledoux
Entrée libre sur inscription (communication@mshe.univ-fcomte.fr)
Programme PDF

Coordinatrices de la séance : Sophie Némoz[1] et Florence Rudolf[2]

Tandis que les jardins collectifs, jardins partagés, sèment divers territoires urbains, périurbains, ruraux, l’idée de changement, d’alternatives en cours, s’affirme sur ces terrains cultivés à plusieurs. Entre nature et culture et au croisement des problématiques de l’habiter, différentes qualités, sociales, économiques, politiques, esthétiques, sanitaires et environnementales, ont été associées aux jardins selon les époques, les sociétés et les territoires. Aujourd’hui, leur essor s’observe notamment au cœur de nouveaux collectifs. Le mouvement des « villes en transition » développe ainsi des potagers et des vergers urbains, gérés en groupe et présentés comme les « ingrédients » fondamentaux d’un territoire résilient face à la déplétion pétrolière et au réchauffement climatique. Si les jardins collectifs constituent une des initiatives les plus concrètes, fréquentes et visibles pour « rendre la Transition palpable par la communauté »[3], cet atelier vise à poser plus largement la question.
Les actions collectives dans ce domaine et les conceptions de la « transition » sont portées par différents acteurs. Ils excèdent un mouvement militant et s’étendent à travers une multiplicité de projets qui émanent de la société civile, d’initiatives « grass roots » tels qu’ils sont qualifiés à l’international, ou par-delà ces formes associatives, par l’entremise de démarches professionnelles, scientifiques ou institutionnelles. Le terme de jardin partagé est celui retenu par l’État français depuis 2014 bien que d’autres appellations comme jardin collectif, jardin communautaire, soient couramment utilisées.
Toutes ces dénominations mettent en avant l’usage et la gestion en commun de pratiques auxquelles les jardins offrent un horizon de possibles. Ces possibles partagent l’idée de communs aussi, c’est à cette notion que cet atelier sera plus précisément décerné d’autant qu’elle suscite un intérêt particulier de nos jours. A la croisée des sciences et des imaginaires politiques, culturels et sociétaux, les biens communs font l’objet d’une attention bien particulière parce qu’ils témoignent d’une alliance entre universalisme et localisme/ particularisme. L’idée de communs est née d’une critique de l’intérêt général, dont elle se distingue sans renier l’intérêt d’une montée en généralité. L’idée de communs, nous enjoint, de célébrer la recherche d’universalisme à travers des expériences situées, en travaillant des formes d’alliances entre des grandeurs incommensurables. Il s’agit de jouer d’équilibres instables, non comme d’une fragilité, mais comme l’affirmation d’une ouverture : ouverture à l’altérité (humaine et non humaine), ouverture sur le monde et le devenir.
Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que les communs soient au cœur de nombreux débats. De la philosophie politique à l’économie publique, puis institutionnaliste[4], ou encore en science juridique, en sociologie, en anthropologie et en histoire, la littérature internationale rend compte d’une définition polysémique, traversant différentes disciplines, et partant de sources d’inspiration plurielles. Elle recouvre des formes d’organisation de ressources matérielles ou immatérielles par un collectif. Il y a là, des communautés plus ou moins inclusives/exclusives d’ayant-droits dont les pratiques et les représentations ne vont pas sans ambiguïtés.
 A l’heure où ces dynamiques d’action collective interrogent l’organisation des territoires, tout en soulevant le débat en matière d’environnement, cette journée a pour objectif d’approfondir leur questionnement sur le terrain des jardins. Quels biens communs peuvent être observés en leur sein ? Comment sont-ils cultivés ? Par qui ? A travers quels savoirs, quelles pratiques, quels imaginaires et sens ? Qu’est-ce qui les met en œuvre mais aussi à l’épreuve ? Dans quels espaces-temps ? A quelles échelles ? Selon quelles formes institutionnelles ? En quoi l’organisation, la production et l’usage des jardins en communs recomposent-ils les manières d’habiter ? Avec quels effets sociaux, économiques, politiques et environnementaux ?
Cette séance propose de travailler sur ces questions, en invitant un public large, composé tant de chercheurs, de praticiens, d’associations, d’étudiants et de toute autre personne intéressée. Du point de vue historique, l’idée des communs a connu plusieurs phénomènes de résurgence dans la région Bourgogne Franche-Comté. Les formes pluriséculaires de la coopération des producteurs laitiers locaux ont créé des « fruitières » visant à fructifier ensemble, à travers une défense du commun social mais aussi, environnemental au niveau des pâturages. L’idée des communs a pu être également portée par des militants socialistes et radicaux, anciens fouriéristes, ou encore par les œuvres de l’architecte, urbaniste et utopiste, Claude Nicolas Ledoux.
Au regard de ce patronyme, d’un ancrage territorial et des approches comparatives internationales, la Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement de Franche-Comté (MSHE Ledoux) accueillera cet atelier en partenariat avec le Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189 UBFC), ainsi qu’avec le soutien de l’Equipe d’Accueil « Architecture, Morphologie/Morphogénèse Urbaine et Projets » (AMUP EA 7309) et de la Région Bourgogne-Franche-Comté. La journée reviendra sur la généalogie locale des dispositifs coopératifs, puis analysera au cours de la matinée des expériences concrètes de jardins partagés dans la région, notamment à Besançon où l’une d’elles a débouché sur un projet d’habitat participatif. L’après-midi sera résolument international, avec des présentations de recherches en agroécologie à Neuchâtel, sur les potagers urbains dans le cas de Genève, les « Community gardens » à New York, et plus largement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Introduction de Sophie Nemoz

Matinée (10h00 – 12h30) : Fragments locaux

  • Christian Guinchard[5] : « Le nouveau monde de Charles Fourier est un jardin »
  • Éric Doidy[6] et Sophie Némoz : « Pistes pour une pragmatique terrestre : quels jardins pour dessiner quelles communautés ? »
  • Karine Terral[7], Floriane Vauthier[8] et Patrick Bourque[9] : « Du jardin partagé à l’habitat participatif de La Pernotte : comment le jardin partagé a nourri notre futur mode d’habiter ? »

Discutante : Laurence Granchamp[10]

Après-midi (14h – 17h) : Mises en perspectives internationales

  • Alexandre Aebi[11] : « Regard interdisciplinaire sur trois projets de jardins potagers dans le canton de Neuchâtel. Du militantisme étudiant aux tentatives d’institutionnalisation d’un projet communal »
  • Arnaud Frauenfelder[12] : « La mise en ordre des jardins ouvriers comme instrument de régulation sociale entre hier et aujourd’hui. Le cas de Genève »
  • Sandrine Baudry[13] et Sandrine Glatron[14] : « Perspective historique sur le jardinage urbain en temps de crise aux États-Unis et au Royaume-Uni (1890-2017) »

Discutante : Sophie Némoz

Conclusion de la journée : Florence Rudolf

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[1] Maître de conférences, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).
[2] Professeure, Directrice adjointe de l’équipe d’accueil Architecture, Morphologie/Morphogenèse Urbaine et Projets, AMUP (EA 7309), Insa de Strasbourg.
[3] HOPKINS Rob (2010), Manuel de transition : de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Montréal, Écosociété.
[4] OSTROM Elinor (1990), Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, New York, Cambridge University Press.
[5] Maître de conférences HDR, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).
[6] Chargé de recherche, Centre d’Economie et de Sociologie appliquées à l’Agriculture et aux Espaces Ruraux, INRA, CESAER (UMR 1041).
[7] Architecte-conseiller chargée de mission pour les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône.
[8] Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte.
[9] Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte.
[10] Maître de conférences, Dynamiques Européennes, Université de Strasbourg, DynamE (UMR 7367).
[11] Maître d’Enseignement et de Recherche, Laboratoire de biodiversité du sol, Université de Neuchâtel, UNINE.
[12] Sociologue, professeur, Responsable du Centre de recherches (CERES), Haute école spécialisée de Suisse occidentale, HETS Genève.
[13] Maître de conférences, Savoirs dans l’Espace Anglophone Représentations, Culture, Histoire, Université de Strasbourg, SEARCH  (EA 2325)
[14] Chargée de recherche CNRS, Dynamiques Européennes, DynamE (UMR 7367)

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Sixième journée de l’atelier

Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Jeudi 23 novembre 2017 (10h -16h30)

Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISCC)
20 rue Berbier-du-Mets 75013 Paris
Métro Les gobelins (ligne 7)
Entrée libre (sans inscription)

Programme et plan d’accès

Coordonnateurs de la séance : Sylvain Lavelle[1] et Dominique Theile[2]

Une « transition écologique » complexe, sans doute longue et difficile, qui articule un ensemble de dimensions – industrielle, sociale, environnementale, territoriale… -, semble s’imposer comme un des horizons les plus probables de notre époque. Or le sentiment d’urgence et d’inquiétude qui paraît gagner un nombre croissant de personnes contraste avec une certaine lenteur des changements à l’œuvre – quand ce n’est pas, pour certaines catégories d’acteurs, un déni pur et simple des problèmes. C’est un des paradoxes de la « transition » : il est généralement admis que nous avons désormais toute l’information et la connaissance pour rendre nécessaire et légitime le passage à l’action, mais nous nous comportons comme si nous n’en disposions pas…
C’est la question générale, suivie d’une série de questions plus particulières, que pose cette journée d’étude : comment passe-t-on du discours aux actions, si la connaissance et l’information en tant que telles ne suffisent pas et ne suffiront probablement jamais pour susciter l’engagement des acteurs ? Ne faut-il pas réfléchir le problème selon d’autres modalités, en allant regarder du côté des conditions matérielles et morales de la transition, dans la manière dont le changement, en écologie comme ailleurs, est décliné, motivé, vécu et pensé par les acteurs ? En particulier, s’il est question d’un changement de mode de vie, comment peuvent s’envisager, dans une société qui n’y semble pas préparée, du point de vue de la justice sociale, de l’égalité ou de l’équité, du sens individuel ou collectif, les sacrifices qui sont ou seront demandés aux populations ? Est-il pertinent d’envisager des modes de changement graduels ou expérimentaux, des exercices en somme – terme qui traduit la notion ancienne d’ascèse – qui pourraient rendre la sobriété plus ‘heureuse’ – en tous cas, moins sacrificielle ?  Quels genres d’éclairage nous apportent la recherche de voies de « transition » dans divers domaines qui exigent d’affronter les problèmes du sens, de l’addiction, de la résistance ou de l’appropriation du changement par les acteurs eux-mêmes ?
Cette journée d’étude pose dans toute son acuité la question de la sortie ou pas d’un modèle de société fondé sur la production marchande, et plus encore, sur la consommation, étendue désormais à toutes les sphères de la vie humaine. Une des hypothèses, qui constitue le fil conducteur de cette journée, est qu’il ne faut sous-estimer (a) ni l’ampleur et la profondeur du changement requis par la « transition écologique », à l’opposé de ce qu’ont semblé faire les approches classiques du développement durable, visant un chemin d’équilibre et de conciliation entre des objectifs par ailleurs contradictoires (b) ni la variété des options et des ressources qui s’offrent aux individus et aux collectivités qui envisagent d’être, chacun à leur manière, des acteurs de cette « transition écologique », et ceci, sans jamais nier, justement, la difficulté du changement.

9h30  : Accueil des participants

  • Introduction de Dominique Theile

Matinée (10h – 12h30) :

  • Sylvain Lavelle : « Les voies du changement humain »
  • Gene Ricaud-François[3] : « Le sens du sacrifice dans le contexte de la transition »
    Débat avec la salle

Après-midi (14h – 16h30) :

  • Séverine Millet[4] : « Le passage du discours à l’action : la méthode “Nature Humaine” »
    (en dialogue avec Dominique Theile, Sylvain Lavelle, Jérôme Boissonade[5]  et la salle)
  •  Claire Gelain[6] : « La transition conviviale pour un habité éco-responsable »
    Débat avec la salle
  • Bilan de la journée par Dominique Theile et Sylvain Lavelle

[1] Enseignant-Chercheur en Philosophie (ICAM-CETS, EHESS-GSPR)
[2] Chercheur conseil en sciences humaines et sociales
[3] Psychologue clinicienne, formatrice en développement personnel
[4] Accompagnatrice du changement sur les questions d’environnement et de développement durable
[5] Architecte, Maitre de Conférences en sociologie (ULCO – UMR LAVUE)
[6] Responsable du service Solidarités et Innovations Sociales, Aquitanis – Office Public de l’Habitat de Bordeaux Métropole

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Séances précédentes

Quatrième journée de l’atelier

Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Mercredi 13 septembre 2017

Programme PDF

Coordonnateurs de la séance : Yannick Rumpala[1] et Jérôme Boissonade[2]

Les souhaits et efforts en faveur d’une transition (écologique) ont aussi dans leur noyau structurant une dimension temporelle qui est celle du futur. C’est, pour une part importante, cette dimension qui leur donne sens, puisque l’horizon proposé ne peut être que celui d’une amélioration à venir. Le chemin esquissé est celui d’un apprentissage collectif qui doit trouver ses conditions de facilitation. Plus ou moins explicitement, les interventions envisagées et mises en œuvre visent conjointement à transformer des configurations sociotechniques pour en éliminer les effets problématiques et essayer d’assurer des effets bénéfiques.
Cette séance vise à démêler l’intrication de ces différentes dimensions. Certaines initiatives dans la période récente sont emblématiques de cette intrication, comme celles dérivant de l’esprit des fab labs, tiers-lieux, etc., presque constitué en modèle alternatif. A l’échelle de la ville, des projets sur ce modèle offrent la promesse de pouvoir assurer certains besoins basiques grâce à de petites unités de fabrication, sous forme d’ateliers implantés dans les quartiers et mettant des machines relativement avancées à disposition des communautés. La « fab city » serait une ville où les citoyens pourraient aussi devenir fabricants et ressaisir leurs propres besoins, en se réappropriant des technologies de manière collaborative et en contribuant à une maîtrise des flux physiques et énergétiques qui conditionnent les situations écologiques.
Ce qui apparaît intéressant dans ces projets et dans d’autres, c’est la manière dont ils inscrivent leur action et leurs « aspirations transformatrices » dans des perspectives et des futurs qui leur donnent sens. La transition écologique semble intégrée comme un référent majeur de ces initiatives. Mais les démarches prospectives mises en jeu semblent relever d’une quête extensive de prises pour rendre les futurs discutables. Ces initiatives s’organisent en effet, comme s’il s’agissait de trouver à travers la complexité des ensembles socio-techniques, des prises permettant d’avancer vers un futur marqué par l’incertitude. L’enjeu pour les acteurs paraît être alors d’ouvrir une pluralité d’échelles d’action et de futurs possibles, ne se résumant pas à l’entrée dans un temps nouveau qualifié maintenant couramment d’« anthropocène » ou à celui d’un effondrement généralisé. Nous souhaitons donc dans cette séance discuter la dimension transitionnelle de ces arrangements sociotechniques, en interrogeant les manières dont est construite leur « habitabilité » à travers les images du futur, les dynamiques intellectuelles, les pratiques associées, etc.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
Cliquez sur le passage du programme concerné, puis Télécharger (le fichier peut alors être écouté ou téléchargé : clic droit sur la barre de progression audio et choisir « Enregistrer le fichier sous… »)

Introduction de Jérôme Boissonade

Matinée (9h30 – 12h30) :

Après-midi (14h – 17h) :

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[1] Maître de conférences (HDR) en science politique à l’Université de Nice, membre de l’Equipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés (ERMES).
[2] Architecte, Maitre de Conférences en sociologie à l’Université du Littoral (ULCO), membre de l’équipe de recherche Architecture Urbanisme Sociétés (AUS – UMR LAVUE).
[3] Directeur des programmes de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), Président du comité scientifique et technique du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM).
[4] Directeur d’études de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Directeur de recherche émérite à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), membre du Centre Norbert Elias (UMR 8562)
[5] Directeur d’études en sociologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Directeur du Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive (GSPR)

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Troisième journée de l’atelier

Cycle « Écologie pratique et place des collectifs »

Jeudi 18 mai 2017

Programme PDF

Coordonnateurs de la séance : Rémi Eliçabe[1] et Jérôme Boissonade[2]

Depuis la mise en œuvre des premiers quartiers durables en Europe, la problématique de l’habiter est au centre de l’attention des aménageurs et des décideurs. La question qui se pose à eux est celle de savoir comment accompagner les habitants à la transition écologique et énergétique et, par-là, comment assurer l’appropriation par ces habitants de nouveaux modes de vie durables ? La recherche en sciences sociales est donc sollicitée pour suivre les transformations sur l’habiter qu’entraîne l’expérimentation de nouvelles techniques de construction et comprendre les éventuels problèmes qui se posent au fil de leur implantation. Mais une demande sociale importante lui est aussi adressée à l’échelle plus large de la mutation de l’urbanité et de la ville dans son ensemble, une demande que l’on pourrait formuler de la manière suivante : comment habiter la ville durable ?
La thématique de l’habiter est donc arrivée en force dans la littérature avec les premiers états des lieux qui prennent en compte les usagers et les habitants des écoquartiers français. Cette thématique est véritablement prise en charge par une génération de jeunes chercheurs (par exemple S. Nemoz, V. Renauld, F. Valegeas, Z. Hagel, H. Subrémon) qui est la première à poser la question de l’habiter dans la ville durable à l’épreuve de ses réalisations concrètes, sans discréditer par avance le discours des habitants et en prenant au sérieux leurs pratiques. Des parties entières de ces thèses sont consacrées à l’appréhension réflexive des habitants quant aux nouveaux dispositifs et aménagements durables, ou à leurs consommations énergétiques. Inspirées par les travaux de M. De Certeau sur les ruses de la vie quotidienne et les arts de faire des usages (arts des faibles, art du braconnage) et la sociologie pragmatique, ces recherches donnent à voir des habitants inventifs, bricoleurs, débrouillards, compétents pour résoudre toutes sortes de problèmes, agissant à des échelles multiples et de manière coordonnée.
On ne peut que se réjouir de la publication de ces travaux, qui permettent de commencer à re-symétriser une recherche qui avait tendance à n’éclairer le phénomène du développement urbain durable que depuis l’angle de sa gouvernance et de son déploiement technique et à ne considérer les habitants que comme des freins à ce développement. Mais si l’ensemble de ces travaux mettent en valeur ceux qui sont au centre de ces transformations de la ville, les habitants des écoquartiers et autres quartiers durables, avec toutes les compétences dont ils sont dotés, de nombreuses questions restent ouvertes : quel sens les habitants donnent-ils aux nombreux dysfonctionnements techniques rencontrés dans ces nouveaux écoquartiers ? Et de là, quelles continuités ou discontinuités peut-on repérer entre aménageurs et techniciens d’un côté et habitants de l’autre ? Quelles échelles de l’habiter sont prises en compte dans ces enquêtes ? Quelles pratiques de la ville, autres que purement domestiques d’une part ou adaptatives d’autre part, sont mises en valeur ? Quelle place est donnée non plus seulement à l’inventivité des habitants mais à leur capacité analytique, à leur capacité à problématiser la ville durable ?
Cette séance aura pour objectif de faire le point sur les méthodes autant que sur les résultats de ces enquêtes récentes sur l’habiter durable. Nous nous demanderons donc autant comment mener l’enquête sur l’habitabilité que ce que ces enquêtes nous apprennent de neuf sur les capacités des habitants à problématiser et agir dans ce contexte de transition écologique des villes. Deux des exposés auront directement à charge de présenter des enquêtes menées auprès d’habitants de grands écoquartiers fraîchement livrés, notamment Lyon Confluence : Ludovic Morand (suivi d’une intervention de Sophie Nemoz) et le GRAC (suivi d’une intervention de Martin Denoun). Un dernier exposé, en début d’après-midi, ouvrira le champ de questionnement au moyen d’une enquête collective et multisituée sur des pratiques d’agriculture urbaines initiées par des habitants (Bénédikte Zitouni, Alexis Zimmer et Chloé Deligne). Sophie Nemoz et Martin Denoun mettront en perspective les trois présentations et animeront la discussion.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
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Introduction de Jérôme Boissonade

Matinée (9h30 – 12h30) :

Ludovic Morand[3] : « Un habiter durable ? Apports et limites d’une approche non-évaluative de l’habiter »[4]

Questions de Sophie Nemoz[5] ; Questions de la salle ; Réponses de Ludovic Morand

Rémi Eliçabe, Amandine Guilbert[6] et Yannis Lemery[7] du GRAC (Lyon) : « Suivre la logique vivante de l’habiter. Une enquête aux côtés des habitants de Lyon Confluence » : Première partie ; Deuxième partie

Questions de Martin Denoun[8] ; Réponses du GRAC

Après-midi (14h – 16h30) :

Introduction de Rémi Eliçabe

Bénédikte Zitouni[9], Chloé Deligne[10] et Alexis Zimmer[11] du collectif « Ecologies de Bruxelles »[12] : « Terrains et intrigues. Passés, présents et futurs des jardiniers en ville » : Première partie ; Deuxième partie

Débat avec la salle : Première partie ; Deuxième partie

Discutants : Sophie Nemoz et Martin Denoun[13]

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[1] Sociologue, chargé de recherche au Groupe Recherche Action (GRAC)
[2] Architecte, Maitre de Conférences en sociologie (ULCO – UMR LAVUE)
[3] Sociologue, Centre Norbert Elias, EHESS Marseille.
[4] Ludovic Morand n’a pas souhaité rendre l’enregistrement de sa communication disponible en ligne.
[5] Maître de Conférences à l’Université de Bourgogne/Franche-Comté Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA).
[6] Chargée de recherche au Groupe Recherche Action (GRAC)
[7] Chargé de recherche au Groupe Recherche Action (GRAC)
[8] Sociologue, professeur à l’Université Saint-Louis Bruxelles
[9] Historienne, chercheur qualifiée au FNRS, Université Libre de Bruxelles
[10] Historien, post-doctorant, à l’Institut des Humanités de Paris, Université Paris-Diderot)
[11] Collectif aussi composé de Livia Cahn (USLB CES), Noémie Pons-Rotbardt (ULB LIEU) et de Nicolas Prignot (ULB, LIEU)
[12] Doctorant au Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive (GSPR) EHESS

 

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Deuxième journée de l’atelier

Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Mardi 4 avril 2017

MARSEILLE (Laboratoire Population Environnement Développement – LPED)
Programme PDF

Coordonnateurs de la séance et discutants : François Valegeas[1] et Hélène Reigner[2]

La rhétorique de la « transition » propose un devenir commun, désirable, mais finalement peu défini. Au nom de ce devenir, la transition est présentée comme nécessaire et légitime, bien que s’appuyant souvent sur des présupposés et outils normatifs peu débattus. Pourtant, ces démarches transforment les responsabilités, renvoyant souvent la charge morale de la transition aux individus. Ce faisant, le cadrage des enjeux de la transition, réduit à une affaire de bons comportements individuels, peut être source de mécanismes inquiétants. De même, des outils opérationnels et juridiques, tels que les « trames vertes et bleues » ou les « mobilités douces » (lois Grenelle) sont supposés engager les politiques publiques dans des formes de transition écologique, mais se trouvent en tension avec des logiques contradictoires, et se réduisent souvent à des effets vitrines limités à certains espaces. L’hypothèse est ainsi faite que les démarches et les politiques en faveur de la transition tendent à exacerber les inégalités sociales et spatiales.
Les injonctions à la « transition » s’accompagnent de discours normatifs visant l’incitation, l’acceptation, l’adoption de « bonnes pratiques », qui seront dévoilées dans les diverses présentations. Les démarches et politiques de transition peuvent ainsi être considérées comme des sacrifices, auxquels tous les groupes sociaux ne font pas face de la même manière (groupes sociaux vulnérables, petites entreprises, territoires défavorisés, etc.). Les dispositions, capacités d’appropriation ou de détournement des dispositifs de la transition ne sont en effet pas également distribués, aussi bien selon les groupes sociaux que selon les territoires concernés.
Cette séance s’intéressera donc aux liens entre les démarches et politiques de « transition » et la question des inégalités, mis à l’épreuve par les pratiques de l’habiter. Les interventions permettront d’aborder différentes modalités de transition telles qu’elles sont revendiquées et mises en œuvre, de questionner leur prise en compte des inégalités (sociales et spatiales) ou encore d’analyser les formes d’inégalités et d’injustices (par exemple environnementales) créées par ces démarches.
Cette séance s’appuiera principalement sur des exemples pris dans le quart sud-est de la France, en montrant les spécificités de ce contexte territorial et politique, notamment sur les caractéristiques des promoteurs de cette « transition » ou sur les modalités de sa mise en œuvre.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
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Introduction d’Hélène Reigner et François Valegeas

Matinée (9h30 – 13h) :

Après-midi (14h – 16h30) :

[1] Ingénieur de recherche au LPED (UMR151), Aix-Marseille Université, chercheur associé au Lab’Urba (EA 3482)
[2] Professeur à l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional, LIEU (EA 889), Aix- Marseille Université
[3] Professeur, LPED (UMR 151), Aix-Marseille Université
[4] Maître de conférences, LPED (UMR 151), Aix-Marseille Université
[5] Doctorant CIFRE, LPED (UMR 151) / Agence d’Urbanisme de l’Agglomération Marseillaise
[6] Maître de conférences, LPED (UMR 151), Aix-Marseille Université – IRD
[7] Maître de conférences, LPED (UMR 151), Aix-Marseille Université – IRD
[8] Maître assistante, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille
[9] Directrice de recherche, IRSTEA Bordeaux
[10] Maître de conférences à l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional, LIEU (EA 889), Aix-Marseille Université
[11] Chercheur CNRS, TELEMME (UMR 6570)
[12] Professeur, ADEF (EA 4671), Aix-Marseille Université
[13] Professeur, LIRDEF (EA 3749), Université de Montpellier

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Première journée de l’atelier

Cycle « Écologie pratique et place des collectifs »

Mardi 21 février 2017

Programme PDF

Coordinateurs de la séance : Elisabeth Peyroux1 et Antoine Lagneau2

La rhétorique de la « transition » circule au sein de différents milieux (militants, institutionnels, professionnels, politiques, scientifiques). Sous ses abords consensuels, elle recouvre des acceptations et des usages très différents. La première séance de cet atelier se propose d’analyser les discours qui entourent le mouvement des « villes en transition » et les pratiques qui y sont associées en les confrontant aux expériences des acteurs et des populations. Elle s’attachera à la généalogie de cette notion, sa naissance, son déploiement, ses usages et ses appropriations dans différents contextes géographiques. Elle s’interrogera  sur les différentes grilles de lecture de ce mouvement et les enjeux auxquels il est confronté.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
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Introduction d’Élisabeth Peyroux

Matinée (10h – 12h30) :

  • Luc Semal3 : « Pic pétrolier et résilience: la part catastrophiste des Transition towns »3

Échange de clarification avec la salle

Discutante : Anahita Grisoni[5] : Questions aux intervenants

Débat avec la salle

Après-midi (13h30 – 17h) :

Discutante : Clara Breteau[7] : Lecture croisée

Débat avec la salle

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1 CNRS, UMR Prodig
2 Natureparif
3 Maître de conférences en Science politique au Muséum national d’Histoire naturelle, Centre d’écologie et des sciences de la conservation, CESCO. Luc Semal n’a pas souhaité rendre l’enregistrement de sa communication disponible en ligne.
4 Sociologue et eco designer, activiste écologiste
5 Chercheuse post-doctorante, UMR Environnement ville et société –EVS, Réseau « Saisir l’Europe –Europa als Herausforderung »
6 Docteure en Architecture, Laboratoire Métiers de l’Histoire de l’Architecture, édifices-villes-territoires, ENSA Grenoble / Université Grenoble Alpes
7 Chercheuse-doctorante, Université de Leeds (R-U), LADYSS (Paris), CITERES (Tours)