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“Communs mondiaux” et pratiques de transition. Les échelles de l’engagement en question

Cycle « Écologie des pratiques et place des collectifs »

Douzième journée de l’atelier “Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés”

Atelier thématique commun aux réseaux ACDD et ReHaL
En partenariat avec le Master “Habitat et ville durable – Pour une approche critique de la fabrique urbaine”

Mardi 14 mai 2019 (9h30-17h00)

École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris la Villette
144 avenue de Flandre 75019 PARIS
Salle 112 B

Programme et plan d’accès PDF

Coordinatrice et coordinateur de la séance : Léa Eynaud[1] et Frédéric Sultan[2]

Du côté de la recherche comme des organisations internationales, il est courant de désigner sous l’appellation de « biens publics mondiaux » ou de « biens communs de l’humanité » un certain nombre de ressources dites « naturelles » telles que l’eau, le climat, la couche d’Ozone, la biodiversité ou encore la planète elle-même. À l’échelle locale, les travaux de la prix Nobel d’économie Elinor Ostrom[3] ont également mis en lumière la capacité de collectifs auto-organisés à gérer durablement des bassins de ressources naturelles (pêcheries, forêts, systèmes d’irrigation etc.), quelque part entre le marché et l’État. Toutefois le lien entre communs et écologie, tel qu’il se déploie dans l’arène politique et scientifique, connaît à notre sens deux principaux angles morts.
Premièrement, nous en savons peu sur les pratiques à l’œuvre dans des initiatives qui pourraient se réclamer de la notion de (biens) commun(s). Pourquoi s’engage-t-on dans des initiatives de transition en gérant des ressources en ‘commun’ ? Et comment s’y prend-on concrètement ? Quelles sont les pratiques qui comptent ? Quelle est la cause plus grande pour laquelle on se bat ? Disparition des ressources ? Effondrement général ?
Deuxièmement, le flou demeure quant à la manière dont les acteurs eux-mêmes, emboîtent les échelles, depuis des initiatives ultra-locales jusqu’à des problématiques d’ampleur globale, de l’habiter au dérèglement climatique. Quels liens les acteurs opèrent-ils sur le terrain entre leurs pratiques et toutes sortes de politiques institutionnelles présentes à des échelles plus vastes ? Comment se mobilisent-ils ? Comment se fédèrent-ils ? Et quel(s) cadre(s) juridique(s) invoquent-ils ?
Alors que certains auteurs se focalisent sur des initiatives micro-locales, d’autres, se réclamant notamment de l’anthropocène, ne voient de transition possible qu’à des échelles géologiques. Dans les dynamiques mondiales en cours, entre en ligne de compte la capacité des territoires à affronter les changements liés, d’une part, à la globalisation et à la représentation des enjeux environnementaux par l’anthropo-scène, véritable “opérateur de totalisation ou de fédération de causes” et d’autre part, aux possibilités différenciées de construction de la vie sociale. L’hétérogénéité des “développements” se traduit, en effet, par des assemblages qui portent des communautés de valeurs et des compositions de communs qui refusent les normes occidentales ou l’irréversibilité décrite par l’anthropo-scène.
Deux notions requièrent ainsi une attention : celles d’interdépendance et d’agencements, désignant au sein des territoires, l’implication de différents êtres pour ouvrir de nouvelles significations (résistance, non-scalability, processus collaboratifs). Dans de très nombreux cas, par exemple dans la réparation de territoires, mais pas seulement (Zones à défendre, communs, critique de l’extractionnisme, alternatives coopératives), les histoires de lieux et de vie, les dispositifs et les fragments de territoires se combinent les uns aux autres, les agencements étant toujours situés et à la fois réticulaires et connectés.
Il s’agira donc d’interroger l’expression de « (biens) communs mondiaux » en elle-même. L’échelle globale va-t-elle effectivement de soi lorsque l’on parle de préserver la biodiversité, la terre, ou encore le climat ? Et si oui, dans quelle mesure ? Dans quels cas ? Et comment les acteurs s’organisent-ils à l’échelle trans- ou internationale ?
Pour répondre à ces questions, les travaux de Pierre Dardot et Christian Laval[4] posent de précieux jalons. Prenant à revers tout à la fois la part de naturalisme contenue dans l’approche économique des “biens communs” et la dimension essentiellement défensive de l’entrée par les droits fondamentaux de l’humanité, ils mettent en avant la praxis instituante qui donne forme au commun comme le lieu par excellence du politique. Leurs travaux présentent en outre l’intérêt de transcender le localisme d’Elinor Ostrom en replaçant les communs dans le champ des luttes et en appelant à leur fédération, sur fond de crise du système néolibéral.
Mais comment cette pensée peut-elle dialoguer concrètement, avec les actions et les enjeux que rencontrent ceux qui s’impliquent sur le terrain, et à différents niveaux, dans des pratiques de transition ? Comment le commun peut-il donner sens à ces pratiques et, inversement, comment la sociologie du commun peut-elle apprendre de la spécificité des expériences et de luttes qui articulent les échelles, des pratiques du proche aux enjeux planétaires ?
Sans faire du commun la qualité d’un certain type de bien ou une dimension spontanée de l’agir humain, c’est bien la dimension politique des pratiques de transition que nous souhaitons interroger lors de cette séance, telle qu’elle se déploie dans l’espace et dans le temps. Nous poursuivrons cet objectif en organisant la rencontre entre chercheurs et activistes d’une part, mais aussi en portant une attention particulière à la dimension internationale des pratiques auxquelles les acteurs s’emploient, des arènes dans lesquelles ils s’engagent et des causes qu’ils défendent.

Les enregistrements audios de la séance sont directement accessibles depuis le programme ci-dessous :
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Introduction de Léa Eynaud  Enregistrement audio

Matinée (9h30 – 12h30) :

Après-midi (14h – 17h) :

[1] Doctorante contractuelle en Sociologie et Sciences de l’Environnement (École des Hautes Études en Sciences Sociales – CEMS et Université Libre de Bruxelles – IGEAT)
[2] Militant des communs, co-fondateur du Réseau francophone des communs et de l’association Remix the commons
[3] Ostrom, E. (1990). Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Actions. Cambridge: Cambridge University Press. La gouvernance des biens communs : pour une nouvelle approche des ressources naturelles/ Traduction et révision scientifique de Laurent Baechler, Bruxelles ; Paris, De Boeck, 2010.
[4] Dardot P., Laval C. (2014), Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte
[5] Philosophe, Professeur honoraire de Première Supérieure et chercheur rattaché au laboratoire Sophiapol de l’université Paris Nanterre
[6] Militante et chercheuse, co-fondatrice du Laboratory of Insurrectionary Imagination et co-auteure de l’ouvrage Les sentiers de l’utopie
[7] Sociologue, Professeure (ENSA Paris Val de seine). En délégation au CNRS-CRFJ au 01/09/2017
[8] Sylvaine Bulle n’a pas souhaité mettre en ligne sa communication

Jardins et Communs : terreaux de “transition” ?

Cycle Écologie des pratiques et place des collectifs

Cinquième journée de l’atelier « Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés »

Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189)
Département de Sociologie – UFR Sciences du Langage de l’Homme et de la Société (SLHS) Université de Franche-Comté

Jeudi 12 octobre 2017 (10h-17h00)

Besançon
Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement
1 rue Charles Nodier
Salle Claude Nicolas Ledoux
Programme PDF

Coordinatrices de la séance : Sophie Némoz[1] et Florence Rudolf[2]

Tandis que les jardins collectifs, jardins partagés, sèment divers territoires urbains, périurbains, ruraux, l’idée de changement, d’alternatives en cours, s’affirme sur ces terrains cultivés à plusieurs. Entre nature et culture et au croisement des problématiques de l’habiter, différentes qualités, sociales, économiques, politiques, esthétiques, sanitaires et environnementales, ont été associées aux jardins selon les époques, les sociétés et les territoires. Aujourd’hui, leur essor s’observe notamment au cœur de nouveaux collectifs. Le mouvement des « villes en transition » développe ainsi des potagers et des vergers urbains, gérés en groupe et présentés comme les « ingrédients » fondamentaux d’un territoire résilient face à la déplétion pétrolière et au réchauffement climatique. Si les jardins collectifs constituent une des initiatives les plus concrètes, fréquentes et visibles pour « rendre la Transition palpable par la communauté »[3], cet atelier vise à poser plus largement la question.
Les actions collectives dans ce domaine et les conceptions de la « transition » sont portées par différents acteurs. Ils excèdent un mouvement militant et s’étendent à travers une multiplicité de projets qui émanent de la société civile, d’initiatives « grass roots » tels qu’ils sont qualifiés à l’international, ou par-delà ces formes associatives, par l’entremise de démarches professionnelles, scientifiques ou institutionnelles. Le terme de jardin partagé est celui retenu par l’État français depuis 2014 bien que d’autres appellations comme jardin collectif, jardin communautaire, soient couramment utilisées.
Toutes ces dénominations mettent en avant l’usage et la gestion en commun de pratiques auxquelles les jardins offrent un horizon de possibles. Ces possibles partagent l’idée de communs aussi, c’est à cette notion que cet atelier sera plus précisément décerné d’autant qu’elle suscite un intérêt particulier de nos jours. A la croisée des sciences et des imaginaires politiques, culturels et sociétaux, les biens communs font l’objet d’une attention bien particulière parce qu’ils témoignent d’une alliance entre universalisme et localisme/ particularisme. L’idée de communs est née d’une critique de l’intérêt général, dont elle se distingue sans renier l’intérêt d’une montée en généralité. L’idée de communs, nous enjoint, de célébrer la recherche d’universalisme à travers des expériences situées, en travaillant des formes d’alliances entre des grandeurs incommensurables. Il s’agit de jouer d’équilibres instables, non comme d’une fragilité, mais comme l’affirmation d’une ouverture : ouverture à l’altérité (humaine et non humaine), ouverture sur le monde et le devenir.
Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que les communs soient au cœur de nombreux débats. De la philosophie politique à l’économie publique, puis institutionnaliste[4], ou encore en science juridique, en sociologie, en anthropologie et en histoire, la littérature internationale rend compte d’une définition polysémique, traversant différentes disciplines, et partant de sources d’inspiration plurielles. Elle recouvre des formes d’organisation de ressources matérielles ou immatérielles par un collectif. Il y a là, des communautés plus ou moins inclusives/exclusives d’ayant-droits dont les pratiques et les représentations ne vont pas sans ambiguïtés.
 A l’heure où ces dynamiques d’action collective interrogent l’organisation des territoires, tout en soulevant le débat en matière d’environnement, cette journée a pour objectif d’approfondir leur questionnement sur le terrain des jardins. Quels biens communs peuvent être observés en leur sein ? Comment sont-ils cultivés ? Par qui ? A travers quels savoirs, quelles pratiques, quels imaginaires et sens ? Qu’est-ce qui les met en œuvre mais aussi à l’épreuve ? Dans quels espaces-temps ? A quelles échelles ? Selon quelles formes institutionnelles ? En quoi l’organisation, la production et l’usage des jardins en communs recomposent-ils les manières d’habiter ? Avec quels effets sociaux, économiques, politiques et environnementaux ?
Cette séance propose de travailler sur ces questions, en invitant un public large, composé tant de chercheurs, de praticiens, d’associations, d’étudiants et de toute autre personne intéressée. Du point de vue historique, l’idée des communs a connu plusieurs phénomènes de résurgence dans la région Bourgogne Franche-Comté. Les formes pluriséculaires de la coopération des producteurs laitiers locaux ont créé des « fruitières » visant à fructifier ensemble, à travers une défense du commun social mais aussi, environnemental au niveau des pâturages. L’idée des communs a pu être également portée par des militants socialistes et radicaux, anciens fouriéristes, ou encore par les œuvres de l’architecte, urbaniste et utopiste, Claude Nicolas Ledoux.
Au regard de ce patronyme, d’un ancrage territorial et des approches comparatives internationales, la Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement de Franche-Comté (MSHE Ledoux) accueillera cet atelier en partenariat avec le Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189 UBFC), ainsi qu’avec le soutien de l’Equipe d’Accueil « Architecture, Morphologie/Morphogénèse Urbaine et Projets » (AMUP EA 7309) et de la Région Bourgogne-Franche-Comté. La journée reviendra sur la généalogie locale des dispositifs coopératifs, puis analysera au cours de la matinée des expériences concrètes de jardins partagés dans la région, notamment à Besançon où l’une d’elles a débouché sur un projet d’habitat participatif. L’après-midi sera résolument international, avec des présentations de recherches en agroécologie à Neuchâtel, sur les potagers urbains dans le cas de Genève, les « Community gardens » à New York, et plus largement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

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Introduction de Sophie Nemoz

Matinée (10h00 – 12h30) : Fragments locaux

Discutante : Laurence Granchamp[9]

Après-midi (14h – 17h) : Mises en perspectives internationales

Introduction de Sophie Nemoz

Discutante : Sophie Némoz

Conclusion de la journée : Florence Rudolf

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[1] Maître de conférences, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).
[2] Professeure, Directrice adjointe de l’équipe d’accueil Architecture, Morphologie/Morphogenèse Urbaine et Projets, AMUP (EA 7309), Insa de Strasbourg.
[3] HOPKINS Rob (2010), Manuel de transition : de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Montréal, Écosociété.
[4] OSTROM Elinor (1990), Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, New York, Cambridge University Press.
[5] Maître de conférences HDR, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).
[6] Architecte-conseiller chargée de mission pour les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône.
[7] Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte.
[8] Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte.
[9] Maître de conférences, Dynamiques Européennes, Université de Strasbourg, DynamE (UMR 7367).
[10] Maître d’Enseignement et de Recherche, Laboratoire de biodiversité du sol, Université de Neuchâtel, UNINE.
[11] Sociologue, professeur, Responsable du Centre de recherches (CERES), Haute école spécialisée de Suisse occidentale, HETS Genève.
[12] Maître de conférences, Savoirs dans l’Espace Anglophone Représentations, Culture, Histoire, Université de Strasbourg, SEARCH  (EA 2325)
[13] Chargée de recherche CNRS, Dynamiques Européennes, DynamE (UMR 7367)