Que faire de l’effet rebond ?

Mercredi 14 avril 2021


Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Dix-neuvième journée de l’atelier
“Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés”

Atelier thématique commun aux réseaux ACDD et ReHaL
En partenariat avec le Master “Habitat et ville durable – Pour une approche critique de la fabrique urbaine”

Mercredi 14 avril 2021 (10h-17h00)

Le Maltais rouge
40 rue de Malte 75011 Paris
Métro Oberkampf ou République

Entrée libre sur inscription :
reseau.acdd@cnrs.fr (demander un accusé de réception)

Coordinateurs de la séance : Fabrice Flipo[1] et Dominique Theile[2]

L’effet rebond interpelle depuis longtemps les limites des politiques incitatives et de transition comme réponse au changement climatique et à la gestion des ressources. En effet, réduire l’empreinte environnementale par des pratiques plus efficientes fait débat, notamment en ce qui concerne les ressources énergétiques (efficacité énergétique). Certains soutiennent que les effets rebond sont minimaux, à savoir que les économies réalisées par des techniques plus efficientes génèrent peu d’augmentation de la demande[3]. D’autres soutiennent le contraire. Parmi ces derniers, l’idée fait son chemin qu’en contexte de croissance l’efficacité génère de la croissance et que le seul moyen d’éviter les effets rebond est de coupler efficacité et décroissance, à savoir définir des limites[4]. En d’autres termes, les effets rebond seraient essentiellement causés par la contradiction existant entre les politiques qui visent à réduire l’empreinte écologique par unité de produit et celles qui incitent à en consommer davantage[5]. Mais cette contradiction est-elle spécifique du capitalisme, ou plus largement imputable aux économies de croissance ? Y a-t-il des économies de croissance non-capitalistes ? Des économies de décroissance capitalistes ? Des économies de décroissance non-capitalistes ? Les recherches sur la décroissance se sont intensifiées ces dernières années[6], mais elles ne débouchent pas sur un modèle aussi clair et formalisé que les modèles de croissance. Sur cette question, les problèmes liés à la transition “écologique” ne sont pas seulement en effet, causés par la difficulté de passer des paroles aux actes, mais l’enjeu consiste à passer à l’acte sans que cela s’accompagne d’effets rebond. Est-ce fondé ? Quelles difficultés cette perspective pose-t-elle ?
Par ailleurs l’effet rebond pose un problème spécifique de conceptualisation. Bien défini en sciences économiques, de gestion ou sciences de l’ingénieur, son existence est peu étayée en histoire, en sociologie ou en philosophie. Tout se passe comme si “l’effet rebond” était en large partie dépendant du cadre conceptuel utilisé pour le saisir. Ce cadre ne conduit-il pas à reporter la responsabilité sur l’acteur ensuite jugé coupable de provoquer l’effet rebond ? Cela n’occulte-t-il pas toute une partie du jeu, comme le comportement de certains acteurs ou le cadrage institutionnel, contraignant leur action ? Que penser, par exemple, du GeSI affirmant que “le numérique peut améliorer l’efficacité et cela conduira à des réductions d’émissions [jusqu’à 20 % des émissions mondiales]. Cependant, prévenir l’effet rebond exige un cadre contraignant (tel que des quotas d’émissions liés à un prix global du carbone) encourageant la transition à une économie bas carbone. Sans de telles contraintes, il n’y a pas de garantie que les gains en efficacité ne mèneront pas à un accroissement des émissions[7] ? L’irréalisme de la solution proposée par le GeSI est patent, dès lors à quoi bon mettre en avant des réductions faramineuses ? Comment interpréter le rôle de ces affirmations dans le débat, ainsi que les limites des études sur l’effet rebond ? Doit-on changer de cadre ? Le concept doit-il être combattu ?

Programme de la journée

  • Louis-Gaëtan Giraudet[8]
  • Fabrice Flipo
  • François Briens[9]
  • Gaëtan Brisepierre[10]
  • Jean-Bernard Fressoz[11]

[1] Professeur de philosophie politique et sociale, Institut Mines-Télécom BS, rattaché au Laboratoire de Changement Social et Politique de l’Université Paris 7 Diderot.
[2] Chercheur conseil en sciences humaines et sociales.
[3] Gillingham, K., Kotchen, M. J., Rapson, D. S., & Wagner, G. (2013). Energy policy: The rebound effect is overplayed. Nature, 493(7433), p.475.
[4] Schneider, F. (2009). Sur l’importance de la décroissance des capacités de production et de consommation dans le Nord Global pour éviter l’Effet-rebond. La décroissance économique (Pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale), p.197-214.
[5] Flipo, F., & Gossart, C. (2009). Infrastructure numérique et environnement. L’impossible domestication de l’effet-rebond. Terminal. Technologie de l’information, culture & société, (103-104).
[6] Giacomo D’Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis, Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère, Le passager clandestin, 2015.
[7] Global e-Sustainability Initiative, Smart 2020, 2008..
[8] Chercheur à l’Ecole des Ponts ParisTech et au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired).
[9] Chercheur à l’International Energy Agency.
[10] Sociologue indépendant, expert en transition énergétique et écologique du bâtiment.
[11] Historien des sciences, chargé de recherches CNRS.